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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 21:06

Louisa Dusinberre : «  le supplément énigmatique » par Marie-Anne Chenerie

 

 

            La dernière fois , nous vous parlions de Giorgio Morandi , par différence, en évoquant les natures mortes de Louisa Dusinberre . Cette fois-ci, c'est Roland Barthes que nous invoquons pour parler de ses portraits , Roland Barthes qui souligne que l'art existe par ce «  supplément énigmatique » , le propre de l'art, c'est « ce qui n'est pas à sa place , qui trouble l'ordre , et qui est impropre à la pensée » .

            Oui, les portraits de Louisa Dusinberre perturbent le monde existant par la création d'un autre monde, qui nous donne à voir comme par transparence , un monde qui n'est pas lisible par notre logique habituelle .Brother and Sister: les oeuvres sont des énigmes , elles disent et en même temps, elles cachent . Voyez ce portrait, d'autant plus paradoxal qu'il est celui de personnes très familières du peintre ( il s'agit de son mari et de sa belle-soeur) , dans une pose intime ( les bols qu'ils entourent de leurs mains sont ceux du thé que l'on boit dans sa cuisine )  , avec des vêtements de tous les jours . D'où vient cette impression d'étrangeté frontale ? Le regard droit qui nous fixe ( du moins nous le croyons, mais si nous restons suffisamement longtemps devant l'oeuvre,nous nous rendons compte que ces yeux ne nous regardent pas , mais sont tournés vers l'intérieur) , y est certainement pour beaucoup . Regardez aussi à ce sujet ses autres portaits dont les regards nous clouent sur place , de façon d'autant plus troublante qu'il s'agit d'êtres très jeunes , voire d'enfants Neice 2etboy on a staircase (Tom). Il y a ensuite la taille du tableau , les modèles y sont plus grands que nature . Enfin , la pose , chez le frère et la soeur , nous ne comprenons pas tout de suite  s'ils sont assis, sur quoi , comment ils tiennent dans cet espace monochrome d'une couleur volontairement neutre et plate ; on appelle d'ailleurs cette couleur, intermédiaire entre la couleur de la brique et celle du chocolat au lait «  English red », qui va si bien à notre peintre anglais .

 

            Donc , toute oeuvre est un rébus, avec cette différence que l'on ne comprend pas l'art comme on comprend un rébus : déchiffrer la structure d'une oeuvre, ses couleurs, ses matières , comme nous avons tenté de le commencer ci-dessus, n'implique aucunement que son caractère énigmatique disparaisse ; j'irais mêmeplus loin, en disant que les tentatives d'explication rationnelles ne font que renforcer cette étrangeté, ce décalage . Il s'agit sans doute de la vie intérieure de ces personnages que nous devinons à travers leur enveloppe et que Louisa a su nous faire entrevoir , d'autant mieux qu'il s'agit de ses proches . Son art apporte sens et vérité , ce qui constitue dans l'art d'aujourd'hui , une réelle respiration , un accent de sincérité , quand d'autres artistes n'ont d'autres buts que de choquer et provoquer ou de nous livrer une « oeuvre » cérébrale et conceptuelle , où l'interpétation et le commentaire du critique y sont essentiels.

 

 

            Bref, allez voir les portraits de Louisa Dusinberre à la Galerie Nathalie Fiks , jeune galériste qui a su faire ce choix à la fois classique et audacieux . Comme elle le dit elle même, la peinture de Louisa Dusinberre est de celle que pourraient acheter un musée ou un collectionneur  : alors, allez la voir avant que les collectionneurs  ne l'achètent !

 

A lire : Roland Barthes , « l'Obvie et l'Obtus », Seuil 1982.

 

Informations pratiques :

Galerie Nathalie Fiks

« Intimate Images » Louisa Dusinberre

du 5 février au 6 mars 2010

21 rue Fontaine

75 009 Paris

du mardi au samedi de 15h à 19h

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