Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 12:54

Les adeptes de l’Art pour l’Art par Anne Le Menn

 

Sous le règne de la Reine Victoria, l’Angleterre des milieux aisés constate l’industrialisation et vit sous la contrainte d’une société rigide, convenue et d’une hypocrite pudibonderie.

 

En réaction certains artistes s’inspirent des civilisations passées (grecques, égyptiennes, romaines) de périodes anciennes comme le Moyen-âge et de la découverte des œuvres d ’Art japonaises qui commencent à se diffuser en Grande-Bretagne. Les porcelaines bleues japonaises sont alors l’objet d’un grand engouement, et apparaissent dans beaucoup de tableaux.

 

Ainsi volontairement déconnectés de leur environnement, une élite aisée  n’hésite pas à prôner « l’Art pour l’Art » et se nommer « Aesthetic ». Elle  suit  certains artistes qui se sont rebellés contre l’académisme.

 

James Whistler en fait partie et c’est un réel plaisir de voir ses œuvres ponctuer la visite de l’exposition que nous présente le musée d’Orsay.  Femmes et enfants posent  dans des tenues blanches, la peinture est fluide, les ambiances sont calmes. Dans certains tableaux, d’autres artistes,  paraissent  des personnages presque mièvres. Mais ils sont placés dans un décor fleuri  réalisé  avec finesse et grâce. Le sujet a peu d’importance, c’est le coté esthétique qui est recherché.

 

Ces artistes novateurs n’investissent pas que le domaine de la peinture : meubles, théières,  papiers peints sont fabriqués dans le style ainsi développé. Cela permet à leurs adeptes également habillés à l’unisson, de vivre dans une maison qui suit le concept « Aesthetic.  Une vitrine montre ainsi des vêtements qui ne dépareraient pas  une représentation théâtrale d’un conte médiéval.

 

Ce milieu génère un personnage adapté à ce milieu sophistiqué, c’est Oscar Wilde, le champion de la citation, au point qu’on en oublie son œuvre littéraire. L’élégant à lavallière avait le sens de la formule et l’exposition en disperse dans chacune des salles,  pour finir je vous donc laisse réfléchir à cette phrase  « L'Art est tout à fait inutile ». Allez la méditer au musée d’Orsay en découvrant les espaces rénovés. Vous rendrez votre copie plus tard.

 

Informations Pratiques :

Beauté, morale et volupté dans l’Angleterre d’Oscar Wilde, Musée d'Orsay 62, rue de Lille 75343 Paris Cedex 07, jusqu’au 15 janvier 2012.

Ouverture de 9h30 à 18h  le mardi, le mercredi, le vendredi, le samedi et le dimanche

de 9h30 à 21h45 le jeudi. Tarif 8 €

 

Image Oscar Wilde source Wikepedia.

Repost 0
12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 18:11

                        Le tricot, arme de guerre? Par Marie-Anne Chenerie        

 tricot 1

 

            En pleine nuit, dans une capitale européenne , des individus cagoulés surgissent de nulle part  et, rapides, interviennent  et disparaissent aussi silencieusement qu'ils étaient apparus .

            Au matin, les passants découvrent ….une jambière en tricot multicolore sur le mollet de bronze d'une statue , ou  le mas en acier d'un lampadaire, laid, froid et fonctionnel emmailloté dans un étui de maille aux coloris subtils  .

 affiche mailles

            Oui,  «  Yarn Bombing » ( on peut traduire, bombage à la laine ) ou «  Knitt graffiti » , le tricot n'est plus ce qu'il était .

            trophees.jpgL'exposition «  «  Mailles » à la Maison du Danemark , dans la très belle salle qui surplombe les Champs Elysées illustre parfaitement ce nouveau courant autour du tricot comme media artistique : par exemple, ces pavés en laine grise tricotée , le pissenlit qui pousse au milieu d'ailleurs lui même fait au crochet , ces trophées de chasse  en fait tricotés , ces fusils et cette grenade dans leur gaine de tricot . Le froid du métal et de la pierre , ces instruments ou ces symboles de violence et de mort sont ici , par ce procédé inattendu , confrontés à l'humour, la chaleur, la gaieté , la légèreté . L'idée n'est pas de montrer la violence de cet objet , mais au contraitre de  «  casser »  cet objet par ce procédé décalé. Une démarche artistique et politique , inattendue et, de mon point de vue , efficace .

 

            Il y a  aussi le côté « prouesse technique » , auquel j'ai été particulièrement sensible, ayant personnellement vécu de grands moments de découragement , lorsque, par exemple, le chandail dans lequel vous avez mis tout votre coeur ( et aussi d'innombrables heures de travail ) , se trouve être importable , manches trop hautes, col qui ne ferme pas, devant trop large ,et j'en passe …comme l'exprime le regard désarçonné du destinataire de ce fameux chandail .

 

            Le tricot c'est aussi la patience , la lenteur, le faire et refaire , le goût du temps qui passe ltranquillement et c'est aussi ceci qui est exprimé dans cette exposition , sur «  la plus belle avenue du monde », où règnent la vitesse, la précipitation de la consommation et des plaisirs faciles .

 

            Sortez vos aiguilles ! Le tricot n'est plus l'apanage des grand mères !

 

 

 

Informations pratiques  ( l'accueil est de plus vraiment gentil ) :
jusqu'au
 20 novembre 2011
Maison du Danemark - 142, Avenue des Champs-Élysées – 75008 Paris
gratuit
Plus d’infos : http://www.maisondudanemark.dk

Repost 0
6 novembre 2011 7 06 /11 /novembre /2011 22:59

 

L'art contemporain arabe : un air de printemps ? par Marie-Anne Chenerie

 

 

            Avec cette belle affiche , affiche.jpgvous vous interrogez : est ce qu'on peut parler d'un véritable printemps arabe de l'art contemporain, lié à cette vague de fonds politique , comme certains l'affirment pour le cinéma?

            Et bien non, l'art moderne ou contemporain arabe a existé depuis le début du XXè siècle, reconnu par les historiens de l'art dans le monde. Certes  son origine, l'art moderne est un pur produit de l'Occident , voire de l'Europe. Mais l'Europe n'en a pas l'exclusivité et cette exposition à la Villa Emerige le montre bien .       

            Aux origine de cet art « moderne » arabe , dès les années 1930, il y a la montée du nationalisme et des luttes pour les indépendances ; les artistes affirmaient le rejet de la peinture orientaliste , qui produit une image déformée de la réalité les-femmes-d-alger.jpg . Ces nouvelles formes d'art exprimaient ainsi la revendication de liberté et de modernité refusées aux peuples colonisés ; déjà et toujours , l'art se développe dans un contexte de revendication et de résistance .

 

            Autre élément intéressant de cette aventure artistique:  l'appui de deux sources  esthétiques principales : les expressions modernes de l'art et la tradition locale .

            Les courants contemporains de l'art universel  ont été largement valorisés  ( expressionnisme ou abstraction, par exemple ) et remettent en cause le classicisme aussi bien que l'orientalisme et le patrimoine artistique traditionnel ( artisanat, calligraphie ) venu des traditions arabo-musulmanes, voire des arts mésopotamiens, pharaoniques, phéniciens ...L'abstraction , qui constitue un des aspects les plus visibles de l'art contemporain universel , a ainsi trouvé dans la culture artistique islamique un écho profond .

 

            Alors, ces oeuvres de la Villa Emerige ?

            Le lieu est magnifique villa-emerige.jpgJ'avouerais que j'ai été un peu déçue, imaginant  un ensemble à la fois universel, contemporain et enraciné dans la tradition arabe. Certes , nous y retrouvons la plupart des courants contemporains: photo, installations, sculptures en résine, « vraie » peinture , mais des oeuvres pour moi très inégales .

            Je retiendrai , le personnage  frontal et très fort du Libanais Ayman Baalki , où le fond joliment  fleuri et le keffieh rouge font un cadre contrasté et subtil aux yeux sombres du combattant combattant.jpg  , la Syrienne Laila Muraywid et ses  sculptures en résine , traduisant la violence de la sexualité , universelle certes, mais peut être plus encore dans son vécu traditionnel,  ou les oeuvres faussement naïves  et drôles de Khaled Takreti .amour-haine.jpg

 

            N'est ce pas la meilleure preuve que l'oeuvre de qualité désigne d'abord son époque avant de signaler son auteur ou son origine ? Et qu'elle transcende son origine , pour parler de liberté et de nouveauté ?

 

Information pratiques :

Villa Emerige , 7 rue Turquan

75 016 Paris
Jusqu'au  12 novembre 2011, du mar au dim de 12h à 19h.

Entrée 5 €

 

Les illustrations ont été tirées du dossier de presse , sauf «  les Femmes d'Alger » de Delacroix , extrait du site du Musée Delacroix.

 

Repost 0
31 octobre 2011 1 31 /10 /octobre /2011 22:44

 

 

Les accropodes des Frères Chapuisat :

Voyage aux confins de l'enfance par Marie-Anne Chenerie

 

            Qui n'a jamais rêvé de disposer , aux confins de son imaginaire , de fabuleux espaces qui n'ont pas encore été identifiés : un voyage sans bagage vers des formes inconnues , presque extra terrestres, en tout cas marines ou sous-marines .

 

            J'ai trouvé ces espaces un dimanche après midi, , là où je ne m'y attendais pas . Vous imaginez le Marais par un dimanche ensoleillé, du monde, beaucoup de monde, des magasins chics, des passants habillés comme dans un magazine . Et, brusquement, au fond  d'une ruelle qui ne paie vraiment pas de mine, une pièce qui paraît petite et basse  de plafond, vous vous trouvez , en haut de l'escalier, face à une chose ( une bête ? ) brutale,  massive,, ce sont les accropodes  des frères Chapuisat.accropode1.jpg 

 

           

accropode2

Alors, en vous approchant et en vous glissant dans les fentes volontairement organisées , juste assez large pour vous laisser passer et vous faire douter de pouvoir revenir en arrière  , voilà les images très fortes de l'enfance ou de l'adolescence qui reviennent . Les rochers gluants au bord de la mer, les piles d'un pont qui trempent dans l'eau noire du fleuve , l'animal qui s'enfuit en glissant , telle une loutre ou une anguille , le reflet d'une lumière dans l'eau, lune ou phare de voiture ? Nous sommes au bout du monde,  nous sommes revenus frigorifiés et heureux , nous avons réussi de grands exploits , nous seuls savons que les autres «  jouent petit » . Et puis, plus tard, nous y sommes revenus avec un ( une ) autre ,chapuisat2.jpgsible . Mais ne comptez pas sur moi pour vous le raconter …accropode-3.JPG

 accropode-4.jpg

            Allez plutôt à cette exposition, une installation massive et légère , sombre ,( et c'est un coup de génie d'avoir transformé ces blocs de ciment gris clair en masses sombres, vivantes et animales, terriennes, et d'avoir utilisé l'espace jusqu'au plafond) . C'est en même temps lourd et léger , brutal , fermé et ouvert à la fois . J'y suis restée longtemps , paradoxalement ramenée par cette construction si urbaine et si « intelligente » , par  ces formes si géométriques qu'elles confinent à l'abstraction , à des souvenirs de nature et d'émotion , nuancés et puissants , bref des souvenirs d'enfance .

chapuisat1.jpg 

 

Informations pratiques :

Les frères Chapuisat, Centre culturel suisse,

32-38, rue des Francs-Bourgeois (IIIe) Tél. : 01 42 71 44 50.

Horaires : du mar. au ven. de 10 h à 18 h, sam. et dim. de 13 h à 19 h

 jusqu'au 18 décembre.

Entrée gratuite

 

Les photos des oeuvres des Frères Chapuisat sont extraites du dossier de presse

 

Repost 0
26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 22:44

 

 La Chine au Louvre par Marie-Jeanne Laurent

 

L'Etat chinois a demandé que le mobilier de ses rois soit exposé au palais des rois de France, d'égal à égal. Le Louvre a déployé dans 3 espaces différents une concordance des temps  entre les 2 royaumes. C'est royal, mais demande une bonne dose de vitamines.
 

Trois couleurs : les blancs des papiers, le noir de l'encre de chine, le rouge de l'empreinte des sceaux carrés, précisément ce que nous, les Occidentaux, nommons "le rouge chinois", un rouge ocré, comme la laque sculptée, sourd et velouté.

Des objets que vous n'avez jamais vus valent à eux seuls le déplacement :


 - Deux lettres de grands Khans mongols, dévoilant leur campagne au  Proche-Orient  à Philippe le Bel, et lui promettant Jérusalem en échange de  son aide.. écriture verticale, d'une superbe abstraction sceau rouge ocré. Le Roi n'a pas donné suite nous dit-on... moi je voudrais bien savoir par quelles étapes est passée la traduction...

chine-2.jpg 


 -Une poterie aux glycines, fond turquoise, exposée avec le dessin  préparatoire, où l'artiste a tracé le volume de la future céramique, d'une   beauté absolue. C'est un potier célèbre, je crois celui qui a inventé le "céladon", qui   traçait un léger défaut sur son œuvre, visible de lui seul, car il disait
 "seul Dieu a droit à la perfection".  Ici cherchez bien, vous n'en trouverez pas

Vase.jpg 


 - Un dictionnaire de chinois-latin-français, rédigé sous Louis XIV, et on nous donne le nom de l'interprète chinois de celui-ci.

- La grande pierre  de jade gravée, près du trône de l'Empereur (il y a beaucoup de Chinois de Paris à l'exposition, comme nous nous allons à  Versailles).

Et enfin, pour les fanatiques des films de Misogushi,  les plus belles  armes, les vêtements d'apparat, soie et clous d'or, les plus beaux  chevaux...

cheval

 

Informations ¨Pratiques  

Musée du Louvre «  La Cité interdite au Louvre - Empereurs de Chine et rois de France » Jusqu’au  09 janvier 2012  , tous les jours de 9 h à 17h45 sauf mardi, nocturnes mercredi et vendredi jusqu’à 21h45.

RÉSERVATION OBLIGATOIRE (gratuite)  Dans la limite des places disponibles. A retirer, le jour même, aux caisses du musée

 

Repost 0
23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 22:29

 Un bûcheron à Paris Par Michel Duvail

 

Organisée en dix espaces : huit de sculptures, deux de peintures et de dessins, l’exposition organisée par le MAM nous propose la première rétrospective française de quarante ans (1979 – 2010) de sculptures en bois peint de Georg Baselitz.

Ce qui vous saisit dans cette exposition ce sont ces pièces de bois volumineuses travaillées grossièrement à la scie, à la hache, à la gouge où la peinture est plus jetée que posée qui dégagent une énergie et une virilité brute.Une exposition qui ne peut laisser indifférent face à ces têtes scarifiées, ces corps mutilés asymétriques, ces géants nus ou habillés, ces bois tronçonnés tâchés de rouge, de bleu.

Plus l’on progresse dans l’exposition et plus les œuvres deviennent monumentales et pesantes (plus de 600kg pour quelques unes). Certaines œuvres font penser à un pastiche du néoclassicisme nazi ou stalinien qui a marqué l’histoire personnelle de l’artiste. On peut aussi y avoir des références aux Moaïs de l’ile de Pâques, ou encore aux colosses des Ramsès, mais pour moi elles n’ont pas la beauté de celles d’Ousmane Sow.

Il y a plusieurs temps forts dans l’exposition. Les 13 têtes de femmes jaunes «Dresdner Frauen » aux proportions et volumes différents font penser aux statues des frontons des cathédrales. Elles ont été sculptées en mémoire aux bombardements dont la ville de Dresde a été la victime à la fin de la seconde guerre mondiale. Partout la peinture jaune s’incruste dans les anfractuosités du bois comme les tapis de bombes qui ont ravagé la ville en 1945 et anéanti sa population. Vu de loin, les coups de scie font penser à des coups de pinceaux. En montant vers ces statues installées en haut d’un escalier, c’est presque vers un mémorial à ces victimes civiles de la seconde guerre mondiale auquel l’on accède.BA1

La sculpture ouvrant l’exposition « Modell für ein skulptur » date de 1980, elle a été présentée à la biennale de Venise dans le pavillon allemand. Un scandale lui est associé : était-ce un salut nazi de cet homme « nouveau » sortant de sa gangue de bois ? Sa polychromie rouge et noire en renforce l’ambigüité. CG02-copie-1.jpgUne tête G-Kopf (1987) présente un volume géométrique, un rubbik cube sous forme de sphère dont les taches de peinture bleue figurent les aspérités du visage, et que l’on pourrait peut être faire tourner dans tous les sens ? BS3.jpgClôturant l’exposition, des géants assis « autoportrait : font allusion selon le sculpteur au Christ de douleurs. Personnellement j’ai vu toute autre chose, des jouets pour Gargantua, des poupées sexuelles pour un cyclope car les œuvres sont avantageusement sexuées. bS4.jpgIl n’y a pas d’élégance dans ces statues, et pourtant elles nous troublent et peut être nous séduisent. Les corps et les visages déchiquetés et tailladés nous font ressentir le plus souvent la souffrance de leur vision. Comme dans ses peintures, les sculptures de Baselitz révèlent sa lutte continue contre l’harmonie et la symétrie.

 

INFORMATIONS PRATIQUES

Ouvert du mardi au dimanche jusqu'à 18h, Nocturne le jeudi jusqu'à 22h Tarifs Plein tarif : 9 € 30 septembre 2011 au 29 janvier 2012 MUSEE D’ART MODERNE DE LA VILLE DE PARIS 11 Avenue du Président Wilson – 75116 Paris

Repost 0
15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 22:42

L’automne des dépressifs au Centre Pompidou

Edward Munch : L’œil moderne

Yayoi Kusama 

Par Michel Duvail

EXP-YAYOIKUSAMA 

YAYOI KUSAMA DANS YELLOW TREE FURNITURE (2002), À LA TRIENNALE D'AICHI, 2010, COURTESY YAYOI KUSAMA STUDIO, TOKYO
© HAL REIFF

EXP-MUNCH.jpg 

 

Pourquoi mixer dans un même article ces deux expositions, parce que tant qu’à aller au Centre Pompidou ne vous privez pas de voir ces deux rétrospectives.

 

Idée originale, mais était elle voulue, d’exposer au même moment et dans le même lieu deux artistes a priori aussi dissemblables qu’Edward Munch et Yayoi Kusama mais qui ont en commun un vécu en établissement psychiatrique.

Much-2.jpg

Quoique les commissaires de l’exposition nous mettent en garde sur la lecture standardisée de l’œuvre d’Edvard Munch, elle est dans l’air du temps : déprimante et anxiogène et donc contemporaine expliquant ainsi son sous titre : l’œil moderne. Son œuvre la plus connue n’a pas fait le voyage (pour cause de fragilité ( !) et de vols récurrents), mais si vous regardez attentivement certains tableaux, vous reconnaitrez le visage du cri à certains endroits. La peinture de Munch pleure comme ces femmes qu’il peint en larmes. Au travers des 12 sections thématiques, vous pourrez être submergés par des sentiments d’angoisse et de tristesse à la vision de ces cortèges de spectres sur des fonds de vagues de couleurs et de fuite du temps comme si se cachait derrière les toiles un énorme trou noir aspirant toute l’œuvre d’Edvard Munch.

munch 4 

Alors allez voir Munch, c’est l’exposition  incontournable de cet automne à Paris, mais surtout arrêtez vous à la Galerie sud niveau 1 pour vous faire plaisir avec Yakoi Kusama.

 

Y Kusama quant à elle n’est plus dans l’air du temps, elle est intemporelle tellement son œuvre est inimitable, provocante, sexuelle, innovante. Entre happening, sculptures dures et molles, peintures, installations, tout y passe, c’est jouissif et on en redemande.

y1.jpg

 

 

A la fin de la rétrospective qui lui est consacrée nous en sortons comme des grands enfants heureux qui viennent de vivre leur Noël avant l’heure. C’est contagieux, cela se ressent, les visiteurs en sortant des deux installations visitables ( infinity mirroir room et la chambre aux pois rouges qui fait penser à aux champignons géants de l’étoile mystérieuse la BD d’Hergé) parlent entre eux de la joie et de la surprise qu’ils ont éprouvées au cours de cette immersion sensorielle.

y2 

Et pourtant, après avoir lu la biographie de l’artiste et ses souffrances psychiques, l’obsession des pois, le vertige de l’infini des miroirs, la profusion des formes sexuelles masculines ne semblent plus aussi légers et joyeux. Et on en repart avec un sentiment de vertige et d’écrasement renvoyant à la folie de l’auteure enfermée dans ses souffrances enfantines.

 

Ainsi les deux expositions se rejoignent au travers des fragilités psychiques de ces deux artistes qui tentent de nous faire toucher de manière radicalement différente un même mal être : l’un par la mélancolie, l’autre par la joie. A vous de juger laquelle de ces approches vous marquera le plus.

 

Informations Pratiques

Centre Georges Pompidou - Paris

Horaires

Tous les jours de 11h à 21h,

Sauf le mardi

Jusqu'au 9 janvier 2012

 Tarifs

12 euros plein tarif

 

 

 

Repost 0
12 octobre 2011 3 12 /10 /octobre /2011 17:00

 

The Seabass :  Pêche bretonne à la Fondation d’Entreprise Ricard  par Anne Le Menn

 

Tiens donc,  mais c’est la Duchesse Anne, la boiteuse en sabot (elle ne fait pas l’unanimité depuis qu’elle a rattaché la Bretagne à la France du côté de la pointe finistérienne).  Que fait-elle, sur cette image,  façon sortie d’imprimante à picots des années 80,  dans cet endroit réputé «pointu » dans l’art contemporain ?  Voilà ce que je pensais en pénétrant dans l’exposition « The Seabass » à Fondation d’Entreprise Ricard. 

A la lecture de la brochure explicative et gracieusement mise à  disposition à l’entrée, geste d'autant plus apprécié que l'entrée est gratuite,  l’auteur en est un certain Loïc Raguénès, qui si je me fie à son patronyme ne doit pas être d’une famille originaire de Perpignan.LR02.jpgLR03.jpg

Je passe par  une arche bleue fort décorative, « Clouds »  constituée d’un assemblage de mousse thermocompressée, qui semble constitué de ballons de foot, pour découvrir une salle  où le retour du figuratif est notable.

 ERclouds.jpgERB02-the-clouds.jpg

Dessins,  photographies,  tout est bien propre. Pas de coulures un peu sales, pas de crâne ni de scène avec du sang.  Les dessins de Corentin Grossman  sous les traits de graphite soignés et leurs couleurs tendres sont bien un peu inquiétants,  ils présentent des personnages  qui semblent une dérivation un peu lubrique des monstres du livre   de Maurice Sendak  « Max et les Maximonstres ». 

cG2.jpgCG02.jpg

Un éclairage de Ronan et Erwan  Bouroullec (les auteurs de Clouds)  descend du plafond,  j’aimerais bien le même pour changer l’halogène du salon qui est vieux et moche.

Les différentes œuvres  se marient bien, ce qui est toujours difficile  dans une exposition collective, mais quel est leur point commun, à part une prédominance de prénoms bretons chez les exposants  et quel est le rapport avec le titre?  La genèse de l’exposition  est expliquée dans le  catalogue  par le commissaire de l’exposition,  Eric Troncy, elle est une sélection pour  la 13eme édition du Prix de la Fondation d’Entreprise Ricard. Le petit  livre commence et  termine  par un proverbe breton. Pour les néophytes les proverbes bretons sont généralement assez gratinés voire triviaux, celui de l’exposition est  très sage :

« Arabat eo kement tra a glever

Dibaot ar wirionez ha stank ar gevier « 

(Point ne faut croire tout ce que l’on dit : rare est la vérité et le mensonge répandu)

Donc curieusement une exposition dont  le nom « The Seabass » soit le bar, explique une pêche plutôt bonne d’artistes avec des noms bretons.

Même si vous n’avez pas tout suivi, allez voir par vous-même, c’est un lieu très agréable, et cette façon d’évoquer la Bretagne est tout à fait étonnante.

 Kenavo ! *

Informations pratiques

Fondation d’Entreprise Ricard 12 rue Boissy D’Anglas 75 008 Paris

Ronan et Erwan Bouroullec, Gaétan Brunet et Antoine Espinasseau, Erwan Frotin, Corentin Grossmann, Adrien Missika, Loïc Raguénes.

Voir plus d’expressions bretonnes dans le livre : Les bretonnismes d’Hervé Lossec : Le Français tel qu’on le parle en Bretagne, éditions Skol Vreizh 2010.

 

Repost 0
29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 12:00

 

– Pékin  sur Seine –

Les artistes chinois à Paris par Michel Duvail

 


Surprise en découvrant l’exposition, je m’attendais à voir la production d’artistes contemporains chinois. Je n’avais pas été assez attentif au sous-titre et avais eu une lecture trop contemporaine de l’affiche représentant une petite fille à la « bonne bouille ».

 

L’exposition du musée Cernuschi met en lumière des œuvres au carrefour de la peinture occidentale – tendance montparnasienne de l’entre deux guerres – et de la peinture traditionnelle chinoise. Soixante-dix peintures, une dizaine de gravures et de dessins et quelques sculptures attestent des influences des séjours parisiens sur toute une génération d’artistes chinois se situant ainsi au confluent des traditions culturelles chinoises et européennes. Ce qui marque picturalement dans cette exposition c’est l’agrégation des techniques picturales chinoises et occidentales. Rien que pour cette mixité, cette exposition mérite le détour.

 

Quelques artistes ont particulièrement attiré mon attention.

 

Une superbe série d’animaux simplement croqués par Xu Beihong à l’encre et couleurs sur papier. Des chevaux au galop, un coq, des pies, un buffle dont se dégagent une énergie, une vitalité tracées avec une économie de moyens époustouflante. La décomposition du mouvement des chevaux font presque penser à des peintures anatomiques. Les nuances de l’encre, l’énergie et la sureté du trait de pinceau réussissent à faire jaillir un tel réalisme que les chevaux donnent l’impression de vie. Une lecture symbolique peut nous faire penser à la résistance du peuple chinois face à l’occupation japonaise et à sa volonté de résistance.

 Xu Beihong « Les chevaux galopant »

 

Ling Fengmian en quelques traits d’encre représente un philosophe solitaire contemplant des bambous. D’une manière admirable le peintre réussit à marier la tradition chinoise et son atmosphère poétique avec la modernité occidentale. La figure du sage décrite avec une forte concision et une simplification extrême des formes. Le choix du format du tableau est également une rupture avec les formats chinois.

 

Mais l’exposition est à surtout à voir pour les subtils et sublimes nus de la peintre Pan Yuliang. Des postures délicates de nus qui évoquent l’introspection, la maternité, l’amour, la fragilité. Deux œuvres sont particulièrement intéressantes : le nu au rouge à lèvres et le nu au peignoir rouge. On pense parfois à Modigliani et on se pose la question de son influence sur l’artiste que l’on a plus généralement qualifié de Manet sino-française. Un style unique : raffiné, délié, léger donne des tableaux très doux à forte charge sensuelle. A nouveau un mélange de technicité inter-culturelle : l’impressionnisme associé au Baimiao (le dessin au trait).

 Pan Yuliang

Pan Yuliang – Nue au peignoir rouge – Musée Cernuschi

 

Des grands kakemonos donnent des informations biographiques très intéressantes sur les artistes présentés et leur séjour parisien.

 

On peut, en quittant l’exposition, penser avoir vu un condensé d’interprétation chinoise de l’art occidental de la première partie du 20ème siècle : impressionnisme, fauvisme, figuratif, abstraction. Face à cette effervescence picturale il faut un ceratin pour s’approprier l’exposition

 

Les regrets: le manque d’espace pour le nombre d’œuvres exposées et la mise en scène quelconque.

  

Informations Pratiques

Musée Cernuschi 

7 avenue Vélasquez – Paris 8ème

01 53 96 21 50

Jusqu'au 31 décembre

Tous les jours sauf lundi et jours fériés de 10h à 18h

7 euros plein tarif

5 euros tarif réduit

 

Repost 0
26 septembre 2011 1 26 /09 /septembre /2011 22:36

 

Un peu d'humanité dans ce monde de business......par Marie Anne Chenerie

 

            Froid le parvis de la Defense ? Inhumaines ces tours ? Dépersonnalisées , «  désindivudualisées » , ces millions de personnes qui marchent comme des fourmis sur la  dalle  ?

 

            la defenseEt bien regardez mieux et vous verrez , très souvent maintenant, des figures colorées , comme des assemblages de pixels, sur beaucoup de fenêtres . Le principe est simple : des salariés dessinent sur leurs fenêtres , avec des post it de différentes tailles ou couleurs , un ou plusieurs personnages ou figures . la-defense-4.jpgA l'origine, ce sont des salariés de la firme Ubisoft , donc les figures étaient des personnages de jeux video célèbres , et l'idée, qui a vraiment démarré en ce début 2011, était celle d'un défi : «  la guerre des post it » , chacun surenchérissant sur les figures de la firme voisine .

 

           post-it-war-obelix-600x600.jpg Mais depuis, et devant le succès de cette idée, je ne peux que m'interroger sur le pourquoi de  ces installations ? post-it.jpgVoyez d'ailleurs ce simple et timide coeur rose  sur la tour «  Coeur défense », un coeur sur la tour qui porte le nom d'un coeur la-defense-3? Pourquoi par exemple, faire ces figures sur des fenêtres, visuels faits pour être vus du dehors plutôt que par exemple, sur un mur à l'intérieur d'un open space ? C'est bien parce que l'on veut montrer aux autres qu'on existe, qu'on est là , derrière cette façade, telle un miroir sans tain, il y moi , ma personne, mon humour, mon savoir faire . Je te le dis à toi passant ou à toi voisin de tour , à qui je ne parlerai jamais et que je déteste dans le RER bondé du matin ou du soir .

 

 

            Bien sûr, certains diront : «  Que font les Ressources Humaines ? Et c'est pris sur le temps de travail ! Et vous ne trouvez pas que l'on paie ( ici est cité le nom d'une énergie dont le staff et les services commerciaux sont logés à La Défense) assez cher ? Avec le matériel de l'entreprise ? »post-it-war-pacman-600x337.jpg

            Ici, des DRH très sérieux répondent que ces créations valent toutes les séances de  « team building »du monde , qui elles sont très chères : peut être parmi nos lecteurs y en a t il à qui on a fait construire en équipe des murs ou des tours , avec un succès mitigé , alors pourquoi pas un « Mario » sur la fenêtre du bureau ?post-it-war-superman-600x448.jpg

            Oui, c'est vrai, mais que celui qui n'a jamais travaillé en open space jette la première pierre .Et que vaut il mieux à l'heure du déjeuner ? Manger une salade seul (e) devant son ordinateur , ou avaler en vitesse et dans le bruit son  déjeuner  dans une des «  usines à manger » de ces tours ( qui servent au demeurant de très bons repas ) , ou alors, discuter avec son collègue pour savoir si on « répond » au nouveau dessin apparu sur la façade juste en face de nous, en réponse sans doute au magnifique spider man qui a été fait le mois depost-it-copie-1.jpgdernier  !coeur-defense-rose.JPG

             D'autres esprits chagrins ( et là, je suis d'accord ! ) diront : «  Quel dommage qu'on ne représente pas, même de façon simplifiée, une Joconde, une Maryline de Warhol, ou même un Mondrian, qui s'y prêterait si bien ! » C'est vrai, c'est un peu «  de la culture  geek » , mais c'est déjà de la création visuelle et collective et c'est le principal .

 

            La Défense : levez les yeux, vous y verrez des tas de choses inattendues, même si elles sont éphémères, rentrée et crise obligent  !

 

 Les photos de la Défense viennent du site de l'EPAD , celles des tour Coeur Défense sont des photos personnelles  

 

 

Repost 0