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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 22:00

La mode des années 1990-2000 : un  pont pour passer  le fossé des générations ? Par Marie-Anne Chenerie

 

            Après l'exubérance et la joie de vivre des années 1970 et 1980, voici la mode, des contrastes, de la maturité des décennies suivantes, présentée au Musée des Arts Décoratifs.

            J'y suis allée avec une très jeune  fille de 13 ans, qui, lorsque j'ai mentionné les dates, m'a regardé avec le regard qu'aurait le fossé entre les générations, si ce fameux fossé avait des yeux: «  1990 ?? Le siècle dernier? »

            Pour eux, la mode, qui bien sûr a commencé avec eux, c'est d'abord ce que tout le monde porte au collège, qu'il s'agisse du mini short avec collants  foncés et Bugs pour les filles ou de la grosse casquette bombée et portée légèrement de travers pour les garçons. La «  vraie » mode, celle des magazines est d'une autre contrée, inaccessible.

 

            Alors bien sûr, les vidéos de l'exposition ( que je préfère toujours aux vêtements, comme vidés de toute énergie, enfilés sur des mannequins sans vie ) seront une révélation : Gagliano, avant d'être ce «  people » malsain est aussi un créateur de génie , Lacroix  lacroix.jpg dans l'exubérance de la couleur et Viviane Westwood viviane-westwood.jpgqui a quand même fait du 18è siècle un élément de subversion, de faste et de la provocation, en contrepoint du minimaliste , Yogi Yamamoto  ,  et de la pureté rigoureuse d'Helmut Lang.

 

            Que de choses à dire et à penser, du rapport de la mode et de l’époque, de ces années marquées par la gravité des attentats, des catastrophes naturelles ou écologiques, des crises financières, qui résonnent aujourd'hui comme des oracles.

 

            Mais ce que j'ai retenu , égoïstement, c'est cette si rare et si profonde sensation de proximité  donnée par toute l'énergie, la variété, la beauté de ces vêtements en situation  : oui, la mère , émue, a raconté comme elle a économisé pour s'acheter sa première jupe «  Comme des Garçons », une audace folle à l'époque  , ou bien comme elle a dû renoncer la mort dans l'âme à la robe Kenzo  kenzo.jpg somptueuse et hors de prix,  qu'elle a revue vingt  fois dans le magasin et qu'elle a même osé essayer un jour , s'encourageant avec une amie , pour dire, toute rougissante à une  vendeuse , japonaise et indifférente-  apparemment – qu'elle allait réfléchir .

 

            Donc il y avait  quelque chose avant Star Wars ? Et aussi avant les défilés de Barrabas,  jugé « trop génial »? 

 

            La mère parlera de son admiration pour Sonia Rykiel, la femme et la créatrice, ou encore de la beauté de  ces immenses et magnifiques jeunes femmes mannequins noires d'Azzedine Alaria, qui sont la préfiguration de cette beauté «  black »  azzedine-alaia-et-grace-jones.jpg si prisée aujourd'hui dans leur génération.

 

            Et puis, étrangement, quelques pièces de la garde- robe de la mère vont  émigrer dans le placard de la jeune fille, pièces fort bien choisies d'ailleurs : par exemple, le petit pull Irisé, un « rien » et si souvent porté, mais qui n’a donc pas fini sa carrière,  évidemment tous les Lacoste y sont passés. Bien sûr la mère est d'accord et émue de voir ce choix et,  après tout, un grand gilet d'homme Lacoste  noir et simple, porté avec un foulard  en ceinture sur une jean blanc , tout ceci sur des longues jambes de 13 ans est aussi une création . Alors, la mère va vite ressortir  sa robe Courrèges,  le clou de sa garde- robe, peut être d'abord pour donner le signal que tout  ne va pas changer de placard, mais aussi pourquoi ne pourrait-elle pas remettre ce trapèze tout simple et si flatteur ? 

 

            Voilà une retombée de notre exposition, vue ensemble, la jeune fille va comprendre que la mode, c'est  de l’art, avec son histoire et son avenir, avenir qu'elle peut écrire elle aussi, par ses dessins ou ses créations, ou tout simplement par le choix de ses vêtements,  leur assemblage et les façons de les porter. La mère n'est  pas peu fière d'avoir montré que, de son temps aussi, on savait ce que beauté, provocation, et séduction voulait dire.

            Que demander de plus à une exposition?

 

Informations pratiques :

Les années 1990-2000. Histoire idéale de la mode contemporaine vol. II 

Du  25 novembre 2010 au 8 mai 2011

Les Arts Décoratifs - Mode et textile 
107, rue de Rivoli 
75001 Paris

Entrée : 9 ou 7,5 € 

 

Les illustrations de cet article sont extraites du site officiel de l’exposition.  

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27 mars 2011 7 27 /03 /mars /2011 23:37

Des paysages chacun son style par Anne Le Menn


Cinq artistes exposent des paysages à l’espace d'art contemporain Eugène Beaudouin, dans cet exercice, ils utilisent des techniques et ont des sensibilités qui leur sont propres. Leurs paysages  peuvent correspondre aussi bien à  un espace extérieur que mental.


Philippe Thomarel, Philippe-Thomarel-1.jpgpeint à base d’émulsions de laque acrylique mélangées pour obtenir des cieux  plombés, d’où émergent des structures fantomatiques de ponts métalliques. Des maisons sont évoquées par des petites masses cubiques,  des réverbères suggèrent des milieux hostiles, des camps ou des banlieues tristes. Même si l’artiste ne la ressent pas ainsi,  l’atmosphère  est froide et angoissante. Philippe-Thomarel--2.jpgUn tableau sur papier marouflé sur toile  montre un premier plan formé d’un groupe de chiens qui pourraient s’apparenter à une meute de loups sinistres, s’ils n’étaient affublés des collerettes caractéristiques des chiens-chiens à leur mémère sortant de chez le vétérinaire. Des chiens sauvages domestiqués de façon ridicule, qui semblent toutefois joyeux et fort occupés, ils font circuler des blancs sur la toile.  Le plan suivant semble  définir  un milieu aquatique, peut-être la matérialisation des lignes d’eaux d’une piscine sombre.  La ligne d’horizon décrit  un milieu industriel et marque la limite d’un ciel agité dans lequel on retrouve quelques blancs du premier plan. La facture est libre et vivante dans ce tableau étrange et fascinant.

 

Nagham Hodaïfa, nagham-hodaifa.jpgest syrienne, les paysages volcaniques ont marqués son enfance et ses premières  peintures de paysage, alors effectuées sur le motif, si elle ne peint plus maintenant dehors, son travail  sur  les corps en mouvement des danseurs se retrouve  dans un grand tableau qui couvre un des murs de l’espace. En plusieurs panneaux,  dans des tonalités rouges et vertes ponctuées de bleu, elle offre un paysage intérieur minéral ou le regard  se perd avec plaisir dans une peinture dynamique et séduisante.

 

Anne Moser, Anne-Moser.jpgprocède en deux étapes, dans un premier temps, elle  peint en extérieur, parfois sur de grands papiers,  puis dans une seconde phase en atelier,  elle utilise ces études pour peindre d’un geste très libre et enlevé.  Dans sa façon de travailler,  l’on retrouve l’esprit de l’épure et la conservation du blanc du papier propre aux  artistes asiatiques. Anne-Moser-2.JPGElle se dit d’ailleurs inspirée par Zao Wou Ki.  Elle parvient ainsi à faire ressentir, la vitalité et  l’énergie de la nature dans ses belles saisons.


Anne Manoli et Philippe Michaux Ruiz possèdent  eux aussi des univers marqués, les épaisses couches de peintures de l’une s’opposant au traitement fluide et lisse de l’autre.


Les  paysages des cinq artistes bien que très différents jouent très bien ensemble dans les volumes blancs de l’espace Beaudouin. L’ensemble est cohérent et donne la preuve, que si  le paysage est un genre pictural à part, et  est apparu il y a longtemps, il  continue à intéresser les peintres et à exister dans la peinture contemporaine.

Informations Pratiques

Espace d'art contemporain Eugène Beaudouin

Ouvert du vendredi au dimanche de 14h30 à 19h, et sur rendez-vous

Résidence Universitaire Jean Zay bât.F

rue Lafontaine 92160 Antony

A 20 min de Châtelet les Halles RER B Station Antony, sortir place René Cassin, suivre Hôtel de Police

09 65 29 30 23  www.espacebeaudouin.com 

 

 

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 22:03

miro-2.jpg

 

Les bronzes de Miro par Anne Le Menn

La sculpture de Miro (1893-1983), le catalan, est exposée à Paris au Musée Maillol, il ne faut pas se fier à  l’affiche avec sa statue aux laides jambes rouges  d’un mannequin de prêt à porter  La sculpture de Miro est un excellent antidote contre la morosité.

 Souvent basées sur des assemblages d’humbles objets de son environnement, les œuvres présentées  sont vigoureuses et ludiques. Un exercice de style stimulant qui dégage de la poésie, et ceci sans même  lire les cartels qui annoncent pourtant des titres évocateurs tels que l’oiseau lunaire, l’oiseau solaire, jeune fille s’évadant, ou l’un des  plus opaques mais néanmoins fort intéressant : Les Trois Cheveux magnétiques de la belle blonde attirent les papillons.

 

La sculpture d’un artiste reconnu, qui peut se permettre de  faire fondre* en bronze ces œuvres. Le petit-fils de forgeron  retrouve alors le plaisir de se confronter au feu et au métal en fusion.  Il y travaille sur les patines, elles complètent  son travail sur la forme : « noble patine qui va du noir au rouge sombre, en passant par de larges zones à la tonalité verdâtre » ou « une patine riche et très personnelle, pleine de magie » ou encore « la pureté qui garde le pouvoir de suggestion et la puissance primitive des sculptures ».miro-1.jpg

 

miro-3.jpgNous ressentons la joie de créer de l’artiste et sa jubilation est communicative.  Les statues généralement de taille modeste s’alignent sur des étagères. Plutôt que d’en voir autant, elles se détruisent parfois les unes les autres tant elles sont physiquement rapprochées, nous souhaiterions en faire le tour et les toucher, les caresser mais  ce n’est qu’un rêve …..

 

 

 

*J’ai eut la chance de visiter l’exposition avec un sculpteur, Tova Madsen,   ayant travaillé chez le fondeur Clémenti à Meudon, elle rappelait que seulement 9 tirages en bronze sont réalisés  pour la vente, plus 3 ou 4 tirages pour la fonderie et l’artiste.

 

Les visuels et les citations sont extraits du dossier de presse.

 

Informations pratiques :

MUSÉE MAILLOL - FONDATION DINA VIERNY

59-61, rue de Grenelle 75007 Paris

L’exposition est ouverte TOUS LES JOURS de 10h30 à 19h Nocturne le vendredi jusqu’à 21H30.

Entrée 11 €

 

 

 

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20 mars 2011 7 20 /03 /mars /2011 20:20

Une histoire racontée à l’aiguille  par Marie-Jeanne Laurent

 

Entrez comme à l'intérieur d'une tente, dans les rouges, les ocres, les oranges qui vous saisissent dès l'entrée. Ce sont les couleurs de l'Orient, sur le fond bleu-noir du coton indigo,  et le blanc du lin.
orient-des-femmes-1-copie-1.jpgLes robes et les manteaux sont présentés debout, grandes manches déployées sur des bâtons, ce qui permet de voir tous les détails de la coupe, des broderies et des appliqués de tissus variés et  précieux.

Les vêtements les plus riches sont à trame de soies (souvent ikatées, c'est-à-dire ligaturées et teintes avant le tissage, ce qui donne un effet  de rayures et chevrons tremblés), mais riches ou moins riches, qu'ils soient en coton teint "en réserve", par petites ligatures dessinant des losanges blancs sur le fond coloré, ou  brodés de soies dans toutes les gammes de rouge (couleur bénéfique) et d'orangés, avec quelques détails verts et blancs, enrichis de fils  métalliques, ces vêtements faisaient de toutes des reines, vêtements de fête pour toute une vie, et même plusieurs vies, vêtement-statut social qui mettait chacune à sa place exacte. Syrie, Liban, Galilée, Jordanie, Sinaï, Bédouins, une histoire de femmes  racontée à l'aiguille et accompagnée de bijoux d'argent, étuis à fard,  ceintures tissées, voiles de tête, burkas-masques alourdis de sequins pour les femmes du désert (là on comprend que cette burka pouvait heureusement protéger des vents de sable).

Un petit salon où l'on peut s'asseoir et consulter de la documentation, où l'on peut même toucher quelques robes (oui c'est bien vrai), est une heureuse surprise.

broderie-.jpg
Christian Lacroix, couturier et amoureux des traditions de son pays d'Arles, n'a certainement pas manqué de rapprocher le caractère particulièrement éphémère, fugitif de la mode contemporaine, qui recherche l'effet, l'extravagance, de cette majestueuse simplicité, au-delà du  temps.
L'Orient des femmes Vu par Christian Lacroix  au Musée du quai Branly (Paris)

 

logo-branly.jpgInformations pratiques :

Musée du quai Branly, jusqu'au 15 mai, 37 Quai Branly 75007

Entrée  8.5€

mardi, mercredi et dimanche : de 11h à 19h, et jeudi, vendredi et samedi : de 11h à 21h

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13 mars 2011 7 13 /03 /mars /2011 13:22

Mars-Exposition-Chatenay-Malabry-003.JPG

Mars-Exposition-Chatenay-Malabry-007.JPG

Illustrer un haiku ? Pour quoi faire ? par Marie-Anne Chenerie

 

            Les textes de ces cours poèmes japonais sont courts, structurés, si apparemment simples, sans un seul mot de trop, en voici un qui figure parmi les grands classiques : 

« Le voleur a tout pris

Sauf la lune

A ma fenêtre »

Ryôkan

 

Ce texte nous dérange, nous réveille, nous interpelle, nous avons vécu de moment là, exactement ou de façon symbolique. Mais, et c'est là toute sa force et son originalité, non pas brutalement  ou abondamment, mais au contraire, par ce creux, ce possible, qui ne demande qu'à être rempli par l'apport de celui qui lit.

            Rien de solennel, rien  de long, un signal, une photo, une suggestion fugitive, éphémère, instantané donnée à chacun pour qui la remplisse de sa propre émotion parce qu'il a atteint une zone très intime.

 

            Alors, comment répondre à ce paradoxe : n'est-il pas dangereux de vouloir, par une image, aussi belle soit elle, aussi  évocatrice, aussi techniquement parfaite, enfermer le poème dans une signification nécessairement plus étroite que ce que le poète a offert à chaque lecteur, à savoir y retrouver sa propre émotion ? L'émerveillement et le mystère, propres au haïku ne risquent-ils pas de disparaître au profit d'une représentation, celle d'un seul individu ?

 

            Le Groupe Iota, artistes professionnels et amateurs qui pratiquent la gravure dans l'atelier d'Isabelle Munier à Belleville ) a tenté cette expérience, dans le cadre du «  Printemps des Poètes » ; une soixantaine de poèmes , chacun illustrés par une gravure – eau forte, monotype, aquatinte … -  sont présentés à la Médiathèque de Châtenay-Malabry .

 

            J'en ai retenu trois, qui me paraissent justement respecter cette part de liberté et d'ouverture, en offrant un écho au texte, sans l'enfermer dans une illustration , c'est-à-dire une anecdote, une interprétation .

            La gravure de Françoise Rabaté, illustrant le haïku de Keijia .

« Rends moi mes rêves

Corbeau qui réveille

La lune de brume » IOTA-FRABATE.jpg 

            Mais il peut aussi y avoir une illustration figurative, du haiku de Kobayashi Issa, comme dans la gravure de Monique Gil, cet instantané, vif , léger , mais plein de possibilités et d'inattendu :

«  Sans prendre garde

La grenouille

Franchit ma porte » OIOTAMGIL.jpg

            Et voici, c'est vrai une interprétation personnelle par Anne  Le Menn , mais libre, juvénile dans son attitude presque impossible de cette très jeune fille , du haïku ( toujours Kobayashi Issa) , qui nous parle avec émotion de cet être jeune que nous avons été et que nous sommes encore parfois , même si nous l'exprimons différemment :

«  Matin de printempsvoeux.jpg

Mon ombre aussi

Déborde de joie »

 

            Une gravure est d'abord une empreinte et , comme le haiku, est la trace de ce que nous avons ressenti et vécu et pouvons ainsi transmettre à l'autre, avec l'économie des gris, des blancs et des noirs et la place que nous donnons à la propre interprétation du spectateur.

 

Informations pratiques :

 

Exposition  « Gravures et Haïku : l’empreinte Ze »n jusqu’au 2 avril 2011.

 

Des panneaux des vitrines et une vidéo( de Lucas Sensi ) complètent l’exposition des gravures et des haîku en donnant informations sur  techniques de la créations des gravures.

 

Samedi 19 mars, deuxième session du stage de création de haïku avec Thierry Cazals de 14h30 à 17h30, inscriptions au 01 41 87 69 80 http://www.thierrycazals.fr 

 

Samedis 19  et 26 mars de 16h à 17h 30 rencontre avec des graveurs du groupe IOTA.

 

Samedi  2 avril à 16h à l'auditorium de la médiathèque : concert de la classe d'improvisation libre de Florian Conil par des élèves musiciens et comédiens du conservatoire de Châtenay-Malabry. Après lecture de haïku et sur fond d’une  vidéo utilisant les œuvres de l’exposition, les musiciens improvisent en temps réel, de la musique contemporaine à partir de divers instruments tels que harpe, violon, clarinette, piano, marimba.

 

La Médiathèque 7-9, rue des Vallées 92290 Châtenay Malabry  Téléphone : 01 41 87 69 80.

http://www.mediatheque-chatenaymalabry.net

 

Entrée Gratuite

 

Horaire : Mardi et jeudi : 14h-18h30, Mercredi : 10h-18h30 Vendredi : 10h-12h / 14h-19h Samedi : 10h-17h30

Accès de Paris : RER B station Robinson puis bus 195 : arrêt Mairie. Se diriger vers l’église, la laisser à droite, descendre la rue devant le lavoir.

Mars-Exposition-Chatenay-Malabry-022.JPG

 

 

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 22:19

Exposition dans la salle d'actualité des arts graphiques: bizarre, bizarre par Marie-Jeanne Laurent


Déjà petite, la pièce est rétrécie par des tentures noires, qui sans doute veulent évoquer l'impasse  sans retour, et bien que les illustrations soient fort belles pour la plupart, l'exposition donne l'impression de disparate, d'inachevé, de décousu.

Le Moyen-âge est représenté par un dessin de Bellini sur vélin : trois jeunes seigneurs, élégants, arrogants, faucon au point, rencontrent trois squelettes les regardant de leur cercueil ouvert.
Puis une huile de Hans Baldung, où un chevalier à cheval, athlétique, arrache une jeune fille bien attifée à la mort qui tient la belle robe entre ses dents, tout en semant ses tibias. En plus une intéressante gravure sur bois montre trois squelettes dansant joyeusement une bourrée.
Puis nous voilà à l'époque romantique : le lavis de Delacroix où Hamlet dialogue avec le fantôme de son pèredelacroix.jpggirodet-copie-1.jpg, des dessins de Girodet: Enée apparaissant à Hector, d' Ingres et Gérard : le songe d'Ossian, faux poète galléique et vrai poète écossais du 18e siècle, belle lithographie de Fantin-Latour: Enée et l'ombre d'Hector, pour l'opéra d'Hector Berlioz, "Troie", tête de femme voilée d'un suaire de Gauguin, et ectoplasmes baclés de Victor Hugo  (ne pas lui en vouloir, il a fait de si beaux dessins).
Tout un pan est occupé par des photos du 19e siècle, sans invention et sans poésie: l'auteur superpose des têtes, fantômes bien sûr, à une femme médium, maussade, assise sur une chaise. Il y a là une sorte de drôlerie involontaire. Trucages en vogue paraît-il vers 1900.
Au centre une vitrine montre des plaques métalliques articulées, une espèce de lanterne magique, avec divers personnages, dont Marie-Antoinette et un squelette. Il y a aussi un bel album montrant les costumes d'un ballet où apparaissent des fantômes en suaire noir, et dont l'argument est de Corneille.
La brochure du musée indique un cycle de conférences sur le macabre médiéval, charrettes fantômes, fantasmagories et rituels de passage et oblique sur le cinéma fantastique.
A noter: en mars au Musée d'Orsay, un cycle de films sur "le fantastique gothique" qui doit compléter heureusement cette iconographie : docteur Mabuse au Louvre, et Frankenstein à Orsay.
Vous avez dit bizarre ?  

Informations Pratiques : Exposition « Revenants » Musée du  Louvre  Salle d'actualité des Arts graphiques.  Accès avec le billet d’entrée du musée : 10 € ; Tous les jours de 9 h à 18 h sauf mardi, nocturnes mercredi et vendredi jusqu’à 22 h.

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 21:06

 

Des clés  vivantes par Marie-Anne Chenerie

 

            Il existe plusieurs catégories d'objets : ceux qui – fonctionnels la plupart du temps -existent en tant que tels : le bol, le stylo …,  puis les objets qui portent en eux davantage que leur fonction première, souvent d'ailleurs parce attachés à une personne, un souvenir , une odeur, c'est un vêtement, un bijou , un accessoire ..et enfin , l'objet ouvert , qui n'existe vraiment que par son contenu et donc par les personnes qui l'emplissent et celles qui voient ce contenu , donc à la frontière du vivant , changeant et se transformant  .

            Dans cette dernière catégorie, il y a bien sûr tous nos objets informatiques actuels , mais surtout un objet petit , discret par son format et sa taille , mais immense par les possibilités qu'il contient : la clé USB .

 

            Un artiste berlinois, Aram Bartholl a eu l'idée , à la fois poétique, drôle et provocatrice d'installer des clés USB , avec du contenu : ce sont des «  dead drops ». Son idée a été reprise un peu partout dans le monde , il y a une quinzaine de clés installées à Paris .

            A l'origine, une « dead drop » , c'est une boîte à lettre morte , un système de communication utilisé par les espions dans les années 60, en fait une cache où l'on pouvait dissimuler par exemple des messages .

 

            Alors , j'ai été voir celle de la rue de Thermopyles , que j'ai choisie car j'aime cette rue , tellement décalée par rapport à son  nom : les Thermopyles,  célèbre et immense bataille, un des plus grands faits d'armes du monde antique , ici illustrée par David leonidas_aux_thermopyles_300.gif, et la rue est provinciale Paris---rue-des-Thermopyles_2.jpg, inattendue, verdoyante , variée , ici calme et là, soudain , un mur de graffitis, puis un jardin , un mur presque en ruines . Et la clé !cle.JPG.

 

            J'aime vraiment cette idée d'Aram Bartholl : d'abord par la grande liberté qu'elle sous -entend , liberté de contenu, de lieu , où il faut accepter l'éphémère , l'inattendu, voire la disparition  .

            Et puis, l'effort que cela demande : les clés , il faut les chercher, ce n'est pas facile, parfois un buisson a poussé devant la clé ( comme au Carrousel du Louvre ) , parfois il y des gens assis sur le banc où elle est installée et il faut attendre qu'ils partent , il faut s'appuyer contre le mur avec le PC collé au mur, vous avez l'air un peu étrange , c'est presque un jeu ,  sérieux , comme tous les jeux, cela a un parfum d'enfance 

            Enfin, j'aime cette façon de réfléchir – et surtout d'agir et donc de nous faire réfléchir – surles liens entre l'art, sa création et sa diffusion et les nouvelles technologies . Aram Bratholl en a fait son domaine http://datenform.de/ ]

 

            Provoc Aram Bartholl? Oui, à l'heure de Wikileaks et des lois sur la protection des données numériques .

            Mais pour moi, la prise de risque ( et la provocation peut accentuer encore cette prise de risque ) est une composante essentielle de l'art sincère .

 

            Alors allez dans Paris visiter les clés USB ; je viens même d'en installer une moi- même , son adresse se trouvera bientôt sur ce site http://deaddrops.com/dead-drops/db-map/,

.

 

A lire , l'excellent livre de Roger Pol-Droit : « Dernières nouvelles des choses », qui nous donne son regard sur les objets qui nous entourent . Vous ne regarderez plus de la même façon votre robe de chambre, vos bottes en caoutchouc , l'éponge de votre lavabo  , ni même bien sûr votre PC !!!

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28 février 2011 1 28 /02 /février /2011 19:51

Autoportraits de Messerschmidt à Rembrandt par Anne Le Menn.

 

Une vingtaine des «têtes de caractères » du viennois Franz Xaver Messerschmidt (1736-1783) sont actuellement exposées au Louvre.  Ces sculptures le plus souvent des autoportraits de l’artiste surprennent par leur virtuosité technique et leur coté intemporel. Représentant uniquement la tête avec une méthodologie scientifique, la reproduction semble d’une fidélité rigoureuse comme créée pour répondre à un objectif de recherche, peut-être sur la physiognomonie, l’étude des caractères d’après les traits anatomiques. Cette l’investigation intéressait les intellectuels du XVIIIème.

FXM-1.jpgCes portraits ne sont pas marqués dans le temps, à l’inverse de nos photographies de la période adolescentes, estampillées par les modes capillaires vite datées, ils semblent intemporels. Nous ne disposons pas de photographie de Messerschmitt, mais ses autoportraits sont vraisemblablement ressemblants, même si dans l’exercice, très intime de l’autoportrait, il est difficile pour un artiste de ne pas se laisser entrainer par sa subjectivité.FXM-2.jpg

La scénographie a placé les sculptures à hauteur de visage, le visiteur se trouve dans une proximité, lui permettant le face à face avec ces visages. Ailleurs au Louvre, d’autres autoportraits peints, ceux de Rembrandt (1606-1669), nous regardent encore, ici aussi une œuvre, nous permet une intense rencontre avec un artiste.

 

Visuels Dossier de presse Exposition Louvre 

 

Information Pratiques : Musée du Louvre : Accès avec le billet d’entrée du musée : 10 € tous les jours de 9 h à 18 h, sauf mardi, nocturnes mercredi et vendredi jusqu’à 22 h (fermeture des salles à partir de 21h30).

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22 février 2011 2 22 /02 /février /2011 22:17

Pierre-Collin-1.jpgLe Graveur Pierre Collin est à la galerie Prodomus, il présente une série d’estampes sur la vie dans les musées : de l’installation de l’exposition Freud, aux visiteurs du Louvre qui photographient plutôt que de regarder les tableaux, Pierre-Collin-louvre.jpgtout le monde si vivant, que nous aimons bien nous aussi observer. Pierre-Collin-2.jpg

Un des plus intéressants des graveurs contemporains, dans la jolie galerie Prodomus, c’est la fête !

 

Information Pratique :

du 5 mars au 9 avril 2011. Galerie PRODROMUS 46, rue Saint-Sébastien 75011 Paris Tél. : 01 43 14 48 25 / 06 60 27 88 92 du mardi au samedi de 14h à 19h et sur RV www.prodromus-galerie.com. Visuels dossier de presse galerie Prodomus

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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 22:57

Sacha: «Je n'ai jamais su ce que j'allais faire » par Marie-Anne Chenerie

 

            On a du mal à le croire  quand on voit ses photos, construites , structurées , colorées …

            Et pourtant , Sacha nous  explique que la bonne photo est celle que l'on n'attend pas...

 

            Ce que j'ai aimé dans cette exposition de l'Institut Néerlandais, consacré à la photographe de mode néerlandaise , qui a travaillé avec les plus grands mannequins et pour de très nombreux magazines , c'est d'abord le personnage : la vidéo de l'entrée vous révèle une femme, certes âgée , mais si gaie, légère et profonde, naturelle et sans prétention , de ces personnes qui dominent tellement leur métier que , quand on les entend , on est confondu par tant de simplicité pour un si beau résultat .

            Elle est belle aussi, non pas belle, comme ces superbes mannequins qu'elle a photographiés ( Inès , Isabella, Laetitia,Carla ,Linda,  vous aurez reconnu ...)laetitia.png , mais belle de cette  sincérité profonde dans son métier et de ce naturel , de cette femme qui a côtoyé tant de mannequins coiffés, maquillés, apprêtés  pour les prises de vue.

 

            J'ai aussi trouvé de nombreux points communs , aussi paradoxal que cela puisse paraître, entre photo et gravure , en l'écoutant parler de son métier  :

 

-        La photo réussie ne laisse pas sentir l'effort, malgré les heures de travail , les multiples poses, les centaines de croquis que l'exposition nous montre  . Sacha plancheUne photo réussie, comme une gravure réussie ne doit pas laisser transparaitre les multiples étapes , constructions et déconstructions . Sacha le dit : « Pour que ça ait l'air naturel, il faut faire , puis tout défaire ». Il faut savoir oublier le travail , nous dit cette artiste, dont on sait et on voit qu'elle a énormément travaillé.

 

-        La réussite d'une photo relève d'un instant magique, totalement inattendu , et bien sûr non prévu . Ainsi également, la meilleure gravure, ou le meilleur tirage ( on utilise d'ailleurs le même mot en photo argentique et en gravure ) sont ceux qui surgissent alors que  vous avez tout essayé et parfois même renoncé ; comme l'instant magique où l'on soulève le « lange » de la presse  et où  apparaît le résultat , par exemple, en fin de journée, lorsque vous essayez sans idée préconçue ; ce n'est pas du tout ce que vous aviez prévu , le hasard ( certains diront le talent ) est intervenu . Le hasard, oui , mais le hasard apprivoisé  par beaucoup de travail  et d'obstination .

 

-        L'image juste est pour elle différente de l'image vraie  et je trouve cette phrase magnifique : elle laisse toute sa place à l'artiste , sa liberté, son individualité et c'est merveilleux de l'entendre de la bouche d'une photographe, dont on pourrait penser  , que justement son métier est de faire du «  réel »; non, cela va bien au delà . Elle nous permet de voir plus que le réel . 

 

-        Alors, voici quelques images dans cette belle exposition à l'Institut Néerlandais , dont vous pourrez aussi admirer l'architecture les-mannequins-en-noir.jpg institut-grille.pngLes illustrations de cet article sont soit extraites du dossier de presse , soit prises par Louisa Dusinberre .robes-noires.jpg

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Informations pratiques

Exposition jusqu'au 20 mars 2011

 

Institut Néerlandais 121 rue de Lille 75007 Paris
0153 591 240
Site web
 www.institutneerlandais.com

M
étro  Assemblée Nationale. Entrée 4 euros (plein tarif), 2 euros (tarif réduit).

Ouvert tous les jours de 13h à 19h, sauf les lundis.

 

 

 

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