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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 22:47

 

            Les manuscrits de Romain Gary :

« Je ne suis pas devenu fou, je suis devenu écrivain » par Marie-Anne Chenerie

 

            Le Musée des lettres et Manuscrits : un charmant petit hôtel boulevard Saint Germain, hotel-musee-des-manuscrits-copie-1.jpg ]une exposition atour d'un auteur qui m'a toujours fascinée et surtout une curiosité : comment faire pour exposer des manuscrits sans tomber dans un profond ennui ?

 

            Certes, toute manifestation extérieure reflète quelque chose de l'homme: son visage, sa voix, son écriture  ( et son écriture surtout disaient les graphologues, quand cette discipline était à la mode ) , mais comment faire surgir l'homme vivant , sensible, secret, violent à partir de ses seuls écrits , non pas dans leur contenu, mais dans leur forme ?

 

            Surtout lorsque cet homme s'appelle Romain Garyla-vie-devant-soi.jpg, ou Emile Ajargros-calin.jpg, cette nature si forte , cette vie pleine , narquoise et généreuse , cette immense exigence , cette violence qui cachent une profonde inquiétude et une vie tendue par le sens du tragique . Vie qui s'effondre d'ailleurs, sans crier gare , avec une phrase faussement détachée : « Je me suis bien amusé: au revoir et merci ».

 

            Oui, j'ai été déçue par l'exposition, déçue à la hauteur de mon admiration pour l 'auteur . Certes , il y a à l'entrée ce magnifique portait , qui vous hypnotise, comme le python de Gros Calin, visage magnifique, séducteur, au regard vert presque maquillé, si profondément triste et si exactement théâtral. RomainGary.jpg. Comme il le dit lui-même, « je suis un juif mâtiné de sang moghol et tartare » , donc profondément nomade ; d'où peut être cette instabilité dans toute sa vie . Est ce aussi le mystère de sa filiation, soigneusement entretenu par sa mère et lui : fils du  Polonais   Kacew , ou fils de Mosjoukine  l'acteur de théâtre … La ressemblance est troublante .

            Il est profondément amoureux de la femme, des femmes, dans le sens où il comprend que l'homme est riche de sa part féminine . Ne dit il pas , comme toujours en dérision chez lui , dans cet extrait du « questionnaire de Proust » : Quel est la couleur que vous préférez , La femme . Quel est l'oiseau que vous préférez? La femme . Et pour preuve, son immense succès auprès des femmes , dont la première et l'absolue fut sa mère ? gary-et-sa-mere.jpg

            C'est «  un minoritaire né », c'est-à-dire celui qui, dès qu'il se sent entouré, reconnu, prend la fuite , s'esquive, mène une vie secrète et parallèle , pour qui seule la liberté individuelle a du prix: liberté acquise par l'écriture , et par la provocation , y compris le subterfuge de pouvoir être lu et couronné après sa mort, comme un écrivain vivant . Imposture ? Non, désir de ne pas se prendre ( ou d'être pris ) au sérieux et sans doute le désir de se manifester comme celui qui sera toujours ailleurs , là où on ne l'attend pas.

 

            Alors ces manuscrits ? La mise en scène est classique, chronologique et thématique , animée par de très belles photos de Gary ou de Jean Seberg j-seberg.jpg, comme ce panneau ( authentique ) devant son bureau, où sont accrochées des photos de Jean Seberg et de leur fils  Diego , une vidéo inaudible … Rien sinon, le désir de lire ou relire ces oeuvres , et , peut être est cela finalement la finalité d'une telle exposition ?

 

Informations pratiques :

Musée des Lettres et des Manuscrits

222, bd saint germain 75 007 Paris

du mardi au dimanche 10h/19h ; jusqu'au 20 février .

Entrée de 5 à 7€

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