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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 23:29

Rembrandt : l'anticonformiste par Marie-Anne Chenerie

 

Le Louvre expose plusieurs oeuvres de Rembrandt , sur le thème de la représentation du Christ . Au delà du fait que, comme pour presque tous les graveurs , je considère Rembrandt, comme le maître, cette exposition m'a fortement impressionnée .

 

J'ai apprécié , d'abord, le fait que Rembrandt a , non pas représenté la figure du Christ ( impossible à représenter ? , en tout cas déjà dans la transgression ) mais l'effet qu'il produit sur toutes les personnes qu'il rencontre: Marthe, Marie marthe-et-marie.jpg], les disciples, le Centurion, la femme adultère ...Comme on ne peint pas le soleil, mais la lumière et les ombres qu'il génère . Dans cette merveilleuse gravure de foule,  ces personnages , de face de dos, de profil, aux vêtements détaillés ou aux silhouettes esquissées, enfants , vieillards, femmes, tout cela dans une grande harmonie sous un apparent désordre et une spontanéité entièrement maitrisée , comme s'il avait voulu représenter l'humanité: variée, inachevée, en évolution , indéfinissable, mais avec le personnage du Christ en point commun .. J'aime cette idée que nous existons par l'effet que nous faisons sur ceux que nous rencontrons , et cette façon de laisser la figure du Christ dans l'ombre ou de dos pour «  zoomer » sur les visages et attitudes de ceux avec qui il est , leur stupeur, leur admiration, leur attente . rembrandtcontre-jour.jpg 

L'autre élément de l'exposition– évident et touchant – est ce rapport entre ces visages du Christ , et les visages des jeunes hommes juifs ( le catalogue dit «  d'après nature, » c'est-à-dire d'après modèle ) rencontrés à l'époque chez les expatriés juifs d'Espagne,. Ce regard doux, en introspection, mais dont on sent la volonté et la force , cette couleur brune et nuancée , ces paupières un peu lourdes, Un regard triste ? Non sérieux, attentif, doux et exigeant, fatigué mais obstiné. C'est un vrai visage d'homme, éternel, depuis les portraits du Fayoum jusqu'à ces beaux visages sépharades d' Afrique du Nord, rencontrés à l'époque chez les expatriés juifs d'Espagne, et aujourd'hui toujours les mêmes . Cette représentation , sans doute audacieuse à l'époque , est si loin de ces images glaciales et conventionnelles , habilement exposées en contraste dans l'expositionchrist conformiste . Voici la description de théologique de l'époque de Tibère, presque caricaturale dans son caractère attendu : «  Taille élevée et remarquable, visage vénérable inspirant à ceux qui le regardent affection et crainte , cheveux couleur de noisette tendre, … ,front large et serein , visage sans ride ni tâches rehaussé d'une rougeur modérée , nez et bouche irréprochables , yeux gris bleu , terribles dans le blâme , doux et aimable dans l'admonestation , joyeux tout en gardant sa dignité , bref le plus beau des fils de l'homme » . Une question : de quoi vous souviendrez vous, longtemps après avoir quitté l'exposition : cette image sur papier glacé ou ce visage , de trois quart, penché, attentif ? Avec ce tour de force technique et spirituel de nous faire comprendre que ce n'est pas un quelconque modèle rencontré dans le port d'Amsterdam ou dans le quartier «  la Nouvelle Jérusalem », mais bien le visage du Christ rembrandt-affiche.jpg 

Enfin, on ne peut pas ne pas évoquer rapidement la technique de « l'impasto », le relief que donne la peinture posée localement en couches épaisse, surtout dans les parties claires , qui donne des effets de lumière incroyables sur la peau, par exemple , où la lumière accroche les irrégularités des couches de matière et donne cette brillance, cette puissance au portait même vu de loin .

 

En réel artiste anticonformiste et certain de son talent, Rembrandt a un rapport tout à fait personnel avec l'inachevé rembrandt-inacheve.jpg frappant surtout en gravure , mais aussi dans ses tableaux . Le génial aquafortiste s'est permis , avec une liberté hors du commun, à l'époque où la gravure était exécutée avec une extrême discipline, et dominait l'image des arts graphiques , une finition tout à fait reconnaissable et personnelle de ses eaux fortes . Se côtoient une grande variété de finition des détails , des zones simplement suggérées, des espaces détaillés à l'extrême, le reste parfois presque « barbouillé » , sans se soucier du dessin . Il s'en justifiait d'ailleurs ( si tant est qu'il ait eu besoin des justifier ) en disant qu'une oeuvre est «  achevée quand le maitre est parvenu à ce qu'il voulait » . Et cette conviction se manifeste d'autant plus que nous sommes en face d'oeuvres de maturité , comme s'il savait de mieux en mieux ce qu'il voulait et choisissait de l'exprimer aussi de cette façon.

D'ailleurs, l'auteur latin Pline le dit bien mieux que moi, évidemment :«  C'est un fait très inhabituel et mémorable que les dernières oeuvres d'artistes et leurs peintures inachevées sont plus admirées que celles qui sont finies , parce qu'on distingue encore le dessin ( dessein ? Ça c'est moi qui l'ajoute ) préparatoire et les véritables pensées de l'artiste ».

 

De là vient sans doute cette extraordinaire impression de réalité, paradoxe frappant quand il s'agit de représenter Dieu .

 

Informations pratiques :

Exposition :Rembrandt et le visage du Christ

Musée du Louvre - Hall Napoléon

Jusqu'au 18 juillet 2011

9h-18h (21h le mercredi et le vendredi), (fermé le mardi)

 

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