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14 avril 2011 4 14 /04 /avril /2011 21:54

Odilon Redon par Anne Le Menn

 

Si y avait une rationalité dans les engouements du grand public pour des œuvres d’art, les  calendriers et cartes de vœux devraient reproduire des œuvres d’Odilon Redon (1940-1916), pourtant cet artiste reste pour beaucoup un inconnu.

Le Bouddha (vers 1905) 443px-Redon.bouddha.jpgpourrait décorer les devantures des mystérieux salons de massages Thaï, vous savez ceux  qui fleurissent à une vitesse impressionnante dans chaque pas de porte libre de Paris. Il remplacerait avantageusement la reproduction de statue de bouddha qui orne régulièrement ces endroits. Mais à ma connaissance, cette œuvre reste confidentielle, et pouvoir l’admirer dans l’exposition qui se tient actuellement au Grand Palais n’en est que plus agréable. Le tableau est un pastel aux couleurs éclatantes. Il se partage en deux parties à droite un arbre qui semble mort, mais d’une grande harmonie dans ses formes, il jaillit dans l’espace.  Dans la partie gauche  un bouddha un peu kitsch et au visage d’un apache, fait un curieux contre point mais cela fonctionne bien. Le premier plan montre un végétal, un arbuste en apesanteur. Le ciel est fantastique dans un tourbillon de couleurs bleues et jaune. Il vibre dans cette salle ou chaque œuvre est intensément colorée. Ce qui est étonnant puisqu’elle succède à des premières salles sombres de dessins, eau-forte ou lithographies noires.  

 

Odilon Redon, est né la même année que Claude Monet, il produit une œuvre aussi innovante que celle de son contemporain, mais dans un esprit et un style totalement différent. Si Claude Monet tentera de cerner la réalité de la nature, par une observation attentive de ce qu’il voit. Ce qui intéresse Odilon Redon c’est de laisser à deviner : « Nommer un objet, c’est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème qui est faite du bonheur de deviner peu à peu : le suggérer, voilà le rêve. C’est le parfait usage de ce mystère qui constitue le symbole : évoquer petit à petit un objet pour montrer un état d’âme, ou, inversement, choisir un objet et en dégager un état d’âme, par une série de déchiffrements. » (par Jules Huret dans Les Échos de Paris, 1891)

Les personnalités des deux artistes sont également contrastées. Claude Monet est un bourgeois qui a des problèmes d’argent récurrents, il ne conçoit pas de vivre sans des employés au service de sa famille et ceci même si ses moyens ne le lui permettent pas. Quitte à harceler ses amis afin qu’ils l’aident financièrement.  Odilon Redon n’aura pas ces exigences. Il se sent bien dans les milieux modestes,  car ce solitaire a été élevé à la campagne par une nourrice affectueuse, mais loin de sa mère.  Jeune adulte timide, il lie des amitiés solides avec des personnalités hors norme telles que le scientifique Armand Clavaud, le graveur Rodolphe Bredin, ou le poète Stéphane Mallarmé. Il rencontre Camille, à près de 40 ans, elle sera l’amour de sa vie, une égale et une alliée. Elle égaye sa vie, son  œuvre se colore alors. Elle l’aide aussi à se faire connaître, il répondra ainsi à des commandes de réalisations purement décoratives, telles que des tapisseries de fauteuil, commande des Gobelins ou des aménagements intérieurs. La salle à manger présentée en fin de parcours en est un exemple lumineux.

Son cheminement  artistique de ses noirs, qu’il remplacera par l’usage unique de la couleur, reflète sa vie : « L’art est pour qui l’aime un tuteur, on ne saurait nier l’appui qu’on y trouve pour le maintien spirituel. La lecture d’un beau livre, d’une seule page de ce livre, l’accent d’un accord, d’une harmonie

suprême, un chant connu, entendu subitement, agissent, nous prennent, nous tiennent subitement

dans un accord pensant. J’ai cru jadis que l’art était inutile : il est peut-être nécessaire. » Odilon Redon, À soi-même, 1922

PS : Odilon Redon  avait déjà dessiné dans Esprit de la forêt le personnage de Dobby 367px-Redon_spirit-forest.jpgdes films de la série Harry Potter et avait su rendre les araignées sympathiques smilingspider.jpgbien avant les messages écologiques du dessin animé de Ma petite planDobby.jpgète chérie.   

 

 

Sources :zina.jpg

Dossier pédagogique  de l’exposition

Odilon Redon les attaches invisibles par Alexandra Strauss éditions TELEMAQUE mars 2011.

Monet Par Pascal Bonafoux  éditions Perrin, collection  tempus 2010.

 

 

Odilon Redon, Prince du rêve jusqu’au 20 juin aux Galeries nationales du Grand Palais, Paris 8e ; du 7 juillet au 16 octobre au musée Fabre, Montpellier (34). Entrée 11€

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