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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 22:00

La mode des années 1990-2000 : un  pont pour passer  le fossé des générations ? Par Marie-Anne Chenerie

 

            Après l'exubérance et la joie de vivre des années 1970 et 1980, voici la mode, des contrastes, de la maturité des décennies suivantes, présentée au Musée des Arts Décoratifs.

            J'y suis allée avec une très jeune  fille de 13 ans, qui, lorsque j'ai mentionné les dates, m'a regardé avec le regard qu'aurait le fossé entre les générations, si ce fameux fossé avait des yeux: «  1990 ?? Le siècle dernier? »

            Pour eux, la mode, qui bien sûr a commencé avec eux, c'est d'abord ce que tout le monde porte au collège, qu'il s'agisse du mini short avec collants  foncés et Bugs pour les filles ou de la grosse casquette bombée et portée légèrement de travers pour les garçons. La «  vraie » mode, celle des magazines est d'une autre contrée, inaccessible.

 

            Alors bien sûr, les vidéos de l'exposition ( que je préfère toujours aux vêtements, comme vidés de toute énergie, enfilés sur des mannequins sans vie ) seront une révélation : Gagliano, avant d'être ce «  people » malsain est aussi un créateur de génie , Lacroix  lacroix.jpg dans l'exubérance de la couleur et Viviane Westwood viviane-westwood.jpgqui a quand même fait du 18è siècle un élément de subversion, de faste et de la provocation, en contrepoint du minimaliste , Yogi Yamamoto  ,  et de la pureté rigoureuse d'Helmut Lang.

 

            Que de choses à dire et à penser, du rapport de la mode et de l’époque, de ces années marquées par la gravité des attentats, des catastrophes naturelles ou écologiques, des crises financières, qui résonnent aujourd'hui comme des oracles.

 

            Mais ce que j'ai retenu , égoïstement, c'est cette si rare et si profonde sensation de proximité  donnée par toute l'énergie, la variété, la beauté de ces vêtements en situation  : oui, la mère , émue, a raconté comme elle a économisé pour s'acheter sa première jupe «  Comme des Garçons », une audace folle à l'époque  , ou bien comme elle a dû renoncer la mort dans l'âme à la robe Kenzo  kenzo.jpg somptueuse et hors de prix,  qu'elle a revue vingt  fois dans le magasin et qu'elle a même osé essayer un jour , s'encourageant avec une amie , pour dire, toute rougissante à une  vendeuse , japonaise et indifférente-  apparemment – qu'elle allait réfléchir .

 

            Donc il y avait  quelque chose avant Star Wars ? Et aussi avant les défilés de Barrabas,  jugé « trop génial »? 

 

            La mère parlera de son admiration pour Sonia Rykiel, la femme et la créatrice, ou encore de la beauté de  ces immenses et magnifiques jeunes femmes mannequins noires d'Azzedine Alaria, qui sont la préfiguration de cette beauté «  black »  azzedine-alaia-et-grace-jones.jpg si prisée aujourd'hui dans leur génération.

 

            Et puis, étrangement, quelques pièces de la garde- robe de la mère vont  émigrer dans le placard de la jeune fille, pièces fort bien choisies d'ailleurs : par exemple, le petit pull Irisé, un « rien » et si souvent porté, mais qui n’a donc pas fini sa carrière,  évidemment tous les Lacoste y sont passés. Bien sûr la mère est d'accord et émue de voir ce choix et,  après tout, un grand gilet d'homme Lacoste  noir et simple, porté avec un foulard  en ceinture sur une jean blanc , tout ceci sur des longues jambes de 13 ans est aussi une création . Alors, la mère va vite ressortir  sa robe Courrèges,  le clou de sa garde- robe, peut être d'abord pour donner le signal que tout  ne va pas changer de placard, mais aussi pourquoi ne pourrait-elle pas remettre ce trapèze tout simple et si flatteur ? 

 

            Voilà une retombée de notre exposition, vue ensemble, la jeune fille va comprendre que la mode, c'est  de l’art, avec son histoire et son avenir, avenir qu'elle peut écrire elle aussi, par ses dessins ou ses créations, ou tout simplement par le choix de ses vêtements,  leur assemblage et les façons de les porter. La mère n'est  pas peu fière d'avoir montré que, de son temps aussi, on savait ce que beauté, provocation, et séduction voulait dire.

            Que demander de plus à une exposition?

 

Informations pratiques :

Les années 1990-2000. Histoire idéale de la mode contemporaine vol. II 

Du  25 novembre 2010 au 8 mai 2011

Les Arts Décoratifs - Mode et textile 
107, rue de Rivoli 
75001 Paris

Entrée : 9 ou 7,5 € 

 

Les illustrations de cet article sont extraites du site officiel de l’exposition.  

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commentaires

Marie-Pierre 24/04/2011 16:47


Marie-Anne, vous me donnez furieusement envie d'aller voir cette exposition, mais il faut que je me dépêche.....