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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 21:31

Fernando Prats : l'empreinte, ce qui a été et qui ne sera plus .

Par Marie-Anne Chenerie

 

            Parler de l'empreinte dans un blog consacré à l'estampe me paraît tout à fait évident.

            D'autant plus que j'ai  «  rencontré » l'oeuvre de l'artiste chilien Fernando Prats prats--7.JPG, à l'exposition «  Ailleurs » de l'Espace Culturel Louis Vuitton  : j'ai été impressionnée par la force de ces images et par l'énergie déployée par l'artiste .

            Imaginez un paysage désolé, après un tremblement de terre: prats4-copie-2 on sent le vent, la pluie, les murs écroulés, les maisons à demi éventrés ( vous savez ces images poignantes où une trace du quotidien , une cafetière sur un réchaud, un couvre lit à fleurs,  voisine avec un mur effondré ou une escalier en ruine ), paysages  désertés par les humains . C'est dans cette ambiance  que Prats a développé toute une technique d'empreinte et de trace , originale , qui laisse une impression ( dans le sens de l'imprimerie et dans le sens du ressenti) de puissance et de désespoir . Une expérience à la fois exigeante et décalée, comme je les aime . L'artiste  imprègne de fumée de  feu de bois  de grandes feuilles sur lesquelles il imprime toutes sortes de traces : cordes, battements des ailes des pigeons affolés , gouttes de pluie chargées de cendres, martèlement  du volet d'une maison abandonnée, pointe crissante du carreau de la fenêtre éclatée ...C'est la nature qui intervient, dans son hasard ( est ce vraiment un hasard ? ) ou bien l'artiste qui interfère et joue avec la nature  pour provoquer une empreinte originale .

            Il faudrait pouvoir visionner la vidéo prats3.JPG, où on le voit, personnage obstiné, sérieux et grave, mais qui ne se prend pas au sérieux , glisser ses feuilles des dizaines de fois sous les roues d'une voiture ou frapper avec ses parchemins noircis un matelas éventré aux ressorts si graphiques . Tristesse de cette ambiance ,solitude, froid, pluie, mais aussi volonté de laisser un signe et vitalité, sans aucun apitoiement.

 

            Il est alors très clair pour moi que l'empreinte – l'estampe – est l'image en creux , en négatif , de la vie qui est passée, comme un pas dans la neige . C'est  la fois l'absence et la présence , le souvenir et la transmission . C'est ce qui me frappe dans la gravure , cette façon de modifier le support lui même par la trace qu'on y laisse.

            L'estampe  c'est un signe qui vient dépasser la menace de mort et d'oubli . Ainsi gardons nous le souvenir d'un être cher , d'un mot, d'une voix, d'une lumière , qui sont l'empreinte parfois non révélée dans  notre inconscient , mais qui participent de notre existence et de notre construction  . Le plus  fort n'est pas forcément ce qui est nettement affiché, c'est parfois l'empreinte subtile et brouillée , le  regard sur le passé qui vient travailler le présent .

 

            Ce n'est sans doute pas un hasard si cet artiste est chilien , ce pays où la vie est soumise à des forces telluriques puissantes ,   comme ces traces enfouies, qui parfois se réveillent et nous rappellent leur force .

 

Les illustrations de cet article sont extraites du dossier de presse de l'exposition «  Ailleurs » de l'Espace Culturel Louis Vuitton , qui s'est terminée le 8 mai 2011.

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