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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 21:14

 

Degas, Danse, Dessin …..

Autour de « La petite danseuse de Degas » par Marie Anne Chenerie

 

            Je ne vois pas de meilleur intitulé  pour ce commentaire que le titre du bel ( et court ! ) ouvrage de Paul Valéry , hommage lucide et passionnant à Degas , l'artiste et l'homme,  et au dessin de danse .

            J'ai toujours été fascinée par deux artistes en particulier , non pas tant d'ailleurs par leurs réalisations les plus célèbres ( statues ou pastels ) , que par leurs dessins et , tout spécialement , leurs dessins de danseurs en mouvement : Degas et Bourdelle . En effet, pour moi, cette maitrise  du dessin de danse est exactement le signe réel du talent  chez un artiste, le dessin étant déjà en lui-même souvent plus exigeant et plus révélateur que la peinture, par exemple . D'ailleurs, je pourrais paraphraser Valéry : Degas, danse, dessin et .. exigence . C'est aussi une forme de courage de se confronter à cette apparente impossibilité : traduire par des lignes fixes  un corps en mouvement, ces lignes qui annoncent la prochaine fraction de seconde, la prochaine rupture .

 

            J'ai eu la chance de pouvoir assister d'abord à une conférence à l'Ecole de Danse de l'Opéra de Paris à Nanterre  par Martine Kahane, qui a écrit le livret de l'opéra  et Conservateur du Centre National du costume de scène, puis à l'opéra lui-même , à Garnier : «  La petite danseuse de Degas », chorégraphie de Patrice Bart et Martine Kahane .

 

            Tout d'abord, quelques mots sur cette petite danseuse et le scandale que sa représentation provoqua à l'époque degas_cire.jpg. Les critiques qui depuis quelques années avaient reconnu la valeur de Degas , s'indignent au Salon de 1880 devant cette oeuvre au réalisme jugé scandaleux . On dit que «  le public s'enfuit, épouvanté », devant cette statue en cire colorée,  habillée de vrai tulle, avec de vrais cheveux. Degas choisit de présenter cette sculpture dans  une vitrine, pour affirmer son statut d'oeuvre d'art, mais les critiques le traitèrent de « travail de taxidermiste » . Dans les premières scènes de l'opéra, la jeune fille s'échappe de  sa cage en verre, et rejoint ainsi le monde des vivants , celui de la vraie danseuse de 13 ans , Marie von Goetthem , fille d'émigrés belges , habituée, comme sa mère et ses soeurs à gagner sa vie avec son corps, comme blanchisseuse ou danseuse .

            Il faut aussi souligner que c'est à cette même époque que Bertillon invente le fichage des criminels à partir de leur photographie : les fiches Bertillon . Ainsi, le «  faciès »- sic- de la jeune fille dérange , loin des clichés habituels.

 

            C'est la fin d'un certain type d'esthétisme : Degas délaisse les belles personnes mollement allongées , les Venus et les Odalisques, , bref les nus qui posent pour être regardés . Lui s'adonne à représenter «  l'animal féminin spécialisé », la danseuse, la serveuse, la repasseuse... Certains l'ont traité de misogyne ( d'ailleurs , après avoir fréquenté les coulisses de l'opéra degas-peinture.jpg et les champs de courses,  n'a-t-il pas fini sa vie en vieux garçon négligé, vieillard nerveux, solitaire, sombre ? ) . J'estime au contraire qu'il y davantage de misogynie à représenter un corps féminin parfait et parfaitement irréaliste , qu'à montrer la femme qui travaille ou qui se repose , avec une grande justesse et une sincère empathie degas-repasseuses.jpg.

 

            Le dessin de nu, d'après Paul Valéry, est «  la transformation du tracement visuel en tracement manuel ». Ce dessin va au coeur du personnage «  Il faut beaucoup de manoeuvre et de patience pour crever ainsi la peau des choses » ( Henri Michaux) . Le dessin de Degas est sérieux, volontaire, exigeant, la discipline est pour lui indissociable du dessin, comme la danse d'ailleurs .degas_dessin1.jpg

            Même l'objet le plus familier à nos yeux devient étranger si on s'applique à le dessiner . Vous pouvez en faire l'expérience , et, comme le dit Valéry , « Vous aviser que vous ne connaissez pas vraiment ce que vous connaissez : le nez de votre enfant , quand vous dessinez son visage par exemple ». Imaginez donc ce qui se passe , si ce que vous dessinez est en mouvement! Bourdelle, bourdelle.jpg Degas ont réussi, dans des styles très différents à rendre parfait un dessin imparfait, instable .

            Matisse, lui au delà du dessin , fait intervenir les couleurs dans son expression de la danse  la-danse_matisse.jpg .

            Comme le dit lui même Degas, sévère avec lui-même et secrètement content de cette remarque ambiguë d'un critique après une exposition : «  Incertitude constante dans les proportions ».

            Rien ne décrit mieux le dessin de danse .

           

 

A lire : Paul Valéry : Degas, danse, dessin , chez Gallimard ( Idées) degas livre

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