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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 22:29

 Un bûcheron à Paris Par Michel Duvail

 

Organisée en dix espaces : huit de sculptures, deux de peintures et de dessins, l’exposition organisée par le MAM nous propose la première rétrospective française de quarante ans (1979 – 2010) de sculptures en bois peint de Georg Baselitz.

Ce qui vous saisit dans cette exposition ce sont ces pièces de bois volumineuses travaillées grossièrement à la scie, à la hache, à la gouge où la peinture est plus jetée que posée qui dégagent une énergie et une virilité brute.Une exposition qui ne peut laisser indifférent face à ces têtes scarifiées, ces corps mutilés asymétriques, ces géants nus ou habillés, ces bois tronçonnés tâchés de rouge, de bleu.

Plus l’on progresse dans l’exposition et plus les œuvres deviennent monumentales et pesantes (plus de 600kg pour quelques unes). Certaines œuvres font penser à un pastiche du néoclassicisme nazi ou stalinien qui a marqué l’histoire personnelle de l’artiste. On peut aussi y avoir des références aux Moaïs de l’ile de Pâques, ou encore aux colosses des Ramsès, mais pour moi elles n’ont pas la beauté de celles d’Ousmane Sow.

Il y a plusieurs temps forts dans l’exposition. Les 13 têtes de femmes jaunes «Dresdner Frauen » aux proportions et volumes différents font penser aux statues des frontons des cathédrales. Elles ont été sculptées en mémoire aux bombardements dont la ville de Dresde a été la victime à la fin de la seconde guerre mondiale. Partout la peinture jaune s’incruste dans les anfractuosités du bois comme les tapis de bombes qui ont ravagé la ville en 1945 et anéanti sa population. Vu de loin, les coups de scie font penser à des coups de pinceaux. En montant vers ces statues installées en haut d’un escalier, c’est presque vers un mémorial à ces victimes civiles de la seconde guerre mondiale auquel l’on accède.BA1

La sculpture ouvrant l’exposition « Modell für ein skulptur » date de 1980, elle a été présentée à la biennale de Venise dans le pavillon allemand. Un scandale lui est associé : était-ce un salut nazi de cet homme « nouveau » sortant de sa gangue de bois ? Sa polychromie rouge et noire en renforce l’ambigüité. CG02-copie-1.jpgUne tête G-Kopf (1987) présente un volume géométrique, un rubbik cube sous forme de sphère dont les taches de peinture bleue figurent les aspérités du visage, et que l’on pourrait peut être faire tourner dans tous les sens ? BS3.jpgClôturant l’exposition, des géants assis « autoportrait : font allusion selon le sculpteur au Christ de douleurs. Personnellement j’ai vu toute autre chose, des jouets pour Gargantua, des poupées sexuelles pour un cyclope car les œuvres sont avantageusement sexuées. bS4.jpgIl n’y a pas d’élégance dans ces statues, et pourtant elles nous troublent et peut être nous séduisent. Les corps et les visages déchiquetés et tailladés nous font ressentir le plus souvent la souffrance de leur vision. Comme dans ses peintures, les sculptures de Baselitz révèlent sa lutte continue contre l’harmonie et la symétrie.

 

INFORMATIONS PRATIQUES

Ouvert du mardi au dimanche jusqu'à 18h, Nocturne le jeudi jusqu'à 22h Tarifs Plein tarif : 9 € 30 septembre 2011 au 29 janvier 2012 MUSEE D’ART MODERNE DE LA VILLE DE PARIS 11 Avenue du Président Wilson – 75116 Paris

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