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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 21:44

Ailleurs : ici et maintenant par Marie-Anne Chenerie

 

            Ne vous fiez pas à l'affiche de la dernière exposition de la Fondation Louis Vuitton ailleurs_affiche.jpg ; elle est belle, mais banale, et pourrait vous laisser croire à une exposition – encore une – sur le voyage, l'évasion, l'envol …

            Non, c'est d'un autre ailleurs que l'on nous parle, ou plutôt de nos différents ailleurs, chacun d'entre nous ayant par définition son propre ailleurs.

            D'ailleurs- sans jeu de mots- l'exposition ouvre par une œuvre singulière de Gauguin, très typique de son style de fin de vie, à la fois triste et ouvert  : Gauguin et sa fuite, fuite qui l'a mené jusqu'à la mort dans une immense solitude et un terrible délabrement mental et physique, pour allgagin-4.jpger jusqu'au bout. A t il enfin trouvé la réponse ou une réponse à son questionnement si cruel, pour lui même comme pour son entourage ? Lui seul le sait.

            La fuite, le fil rouge de l'exposition ?

            Fuir, se déplacer, se dépasser, sortir de sa propre prison mentale, de nos convictions, de notre timidité. Cela ne signifie pas que nous allons forcément voyager, aller loin, rencontrer d'autres civilisations, découvrir le Graal... Oui, il faut quitter , sinon fuir ,  que ce soit la surface de la terre , comme Laurent Tixador et Abraham Poincheval ( rien que leurs noms sont un voyage ) , pour accepter l'apparente fragilité de l'œuvre de Fabrice Langlade ailleurs_pont.jpg , la poésie incompréhensible des lettres illuminées d 'Alix Delmas , qui écrivent «  SAUCES » dans le désert , l'érotisme troublant des sculptures de Tia Calli Borlase .soutien-gorges-3.jpg

            Toutes ces œuvres  nous parlent d'  « ailleurs »? Oui, elles ont en commun de nous déplacer, de nous déranger, par le sourire ou la compassion, par l'interrogation, par la surprise. Mais n'est ce pas le propre de toute œuvre d'art de nous faire sortir  de notre bocal? Prudemment pour certains, tel l'escargot qui déplie une corne puis l'autre, ou fougueusement tel le jeune chien fou. Cette exposition a le mérite de nous faire comprendre qu'effectivement, c'est une fonction de l’art, de nous apprendre à accepter l’imprévu, et même à y prendre du plaisir. Emmanuel Kant, qui n'était pas le dernier des imbéciles, disait lui -même «  Le niveau d'intelligence des hommes se mesure à leur capacité à accepter l'incertitude ».

            Donc nous serons plus intelligents, après cette exposition ? Peut-être, mais ne lisez pas trop les cartouches des œuvres, laissez vous plutôt entraîner par vos impressions ; je peux, par exemple  vous dire le sentiment étrange et très poétique que m'a laissé une œuvre en particulier, celle de Luc Mattenberger. Je ne vous en dis pas trop, allez-y et jouez le jeu, laissez vous prendre par cette scène à la fois douce et angoissante, comme le sont nos rêves parfois et  même, comme moi, endormez vous sur les marches adoucies de feutre (j’étais certes fatiguée, mais aussi détendue et calmée par la scène, le ronronnement du moteur, l'impression de sécurité). Ainsi vous verrez, dans votre demi-sommeil les autres spectateurs : certains entrent et ressortent tout de suite, d'autres passent et regardent avec impatience cette image où il ne se passe pas grand chose apparemment, il faut l’avouer, d'autres enfin regarderont avec attention et patience le cycle se dérouler plusieurs fois et s'interrogeront sur cette femme allongée et endormie, se demandant manifestement si elle fait partie de l'œuvre et si c'est son rêve qui est projeté. Peut être se diront ils que, s’ils s’allongent aussi, leurs propre rêve sera sur l'écran ? Ailleurs, tout est possible.

 

            Ce que j'ai aimé aussi dans cette exposition, c'est le courage de ces artistes  dans leur déplacement , courage de partir , de faire quelque chose d'apparemment absurde ou provocant,  mais courage léger , non ostentatoire , parfois plein d'humour comme Marc Horowitz,marc_ailleurs.jpg dont les vidéos sont vraiment hilarantes .

            Et pour terminer également par Gauguin, écoutez cette chanson de Brel «  Gémir n'est pas de mise aux Marquises ».

 

Informations pratiques :

Espace culturel Louis Vuitton – 60, rue de Bassano  101, avenue des Champs-Élysées 75008 Paris – Accès libre Jusqu’au 8 mai 2011 – du lundi au samedi de 12h00 à 19h00, le dimanche de 11h00 à 19h00.

 

 

Les illustrations de cet article sont extraites du catalogue de l'exposition

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