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24 septembre 2008 3 24 /09 /septembre /2008 19:28

Rétrospective Roger Vieillard et Anita de Caro Le trait et la couleur

 

L’exposition présentée à la propriété Caillebotte, est une occasion rare, de découvrir le graveur Roger Vieillard et le peintre Anita de Caro. Si Roger Vieillard avait choisi le burin et uniquement le burin, Anita de Caro a aussi gravé puis elle a peint. Les deux artistes formaient un couple aux multiples facettes, Roger Vieillard a été champion de tennis, banquier, écrivain et poète. Personnalité brillante et éclectique, disposant d’une grande capacité de travail lui permettant de mener « plusieurs vies de front », il a partagé sa passion de l’art avec son épouse Anita de Caro.














L’exposition nous accueille par six « sculptures » aux allures de totem. Trois des « reliefs gravés » sur socle de Roger Vieillard répondent à  trois sculptures de bois assemblés et peints par Anita de Caro.







L'Atelier 17 l'apprentissage


Par une passerelle, nous engageons dans une  salle qui retrace l’Atelier 17 de Stanley Hayter, lieu des années d’apprentissage de Roger Vieillard. En 1934. Stanley William Hayter, anglais peintre et chimiste, créa à Paris,  cet atelier, véritable laboratoire expérimental de la gravure. Il  voulait relever le défi de la gravure et en faire selon ses termes « un art pour artiste ». Sur les murs les premières gravures de Roger Vieillard, côtoient  les œuvres d’autres membres de l’Atelier 17, Stanley William Hayter, Antony Gross, Anton Prinner, Joseph Hetch, John Buckland Wright, et  des eaux fortes d’Anita de Caro. Elle fut une des rares femmes à fréquenter l’atelier, endroit de sa rencontre avec Roger Vieillard.  Henry Miller lui avait confié l’illustration de son roman  « The great round eyes full and black »,  en découvrant ses gravures, ici présentées, Arthur Miller lui fit remarquer « Ma chère vous êtes la seule à ne pas me voir érotique ».  L’ensemble des gravures, de la salle bien que de sujet et de techniques variés, présente une unité, l’appartenance à un atelier, par essence communauté de travail,  est sensible.

Roger Vieillard Architectures

Les salles suivantes, consacrées à Roger Vieillard, regroupent les œuvres par ses thèmes de prédilection. La première est  inspirée par « les Architectures »   Pour Roger Vieillard, elles sont un des résultats de l’activité humaine : « l’homme a conçu l’ARCHITECTURE » comme le prolongement de sa vie brève et fragile, à la mesure de ses besoins et de ses songes».  Les gravures évoluent de  burins à la ligne simple, comme dans ‘Tour de babel ‘ et ‘Economie dirigée’  à des recherches graphiques plus élaborées comme dans  «La cathédrale » et « Manhattan ».  Le dessin est imaginaire mais il reprend des éléments figuratifs. Les silhouettes humaines minuscules de ‘tour de Babel 1 », semblent perdues dans des tours immenses,  au bord du déséquilibre, dans « Babylone » de 1941 les hommes sont réduits à de minuscules hiéroglyphes.  Ils disparaissent dans d’autres gravures consacrées à  ce sujet. La vision de l’économie n’est pas optimiste, l’architecture montrée est écrasante.

 

Les thèmes de la figure humaine et de la poésie

Les deux autres salles abordent respectivement les thèmes de  «Figures humaine » et celui des « abstractions de l’esprit », Roger Vieillard passe  d’une représentation linéaire à des matières plus originales, à base de gaufrage et de zones découpées. Des zones blanches réservées espaçant d’autres espaces aux graphismes abstraits. Souvent la gravure montre une forme unique, dont le contour présente une grande importance. Jean Tardieu décrit ainsi le graphisme de  Roger Vieillard  « A la pointe du scalpel, une incision crissante dans les entrailles moirées de l’imaginaire. Des noirs variés à l’infini, allant du gris pâle d’un affleurement d’aiguilles aux crochets ancrés dans la nuit du Styx… . parfois pareils à un son soufflé au loin dans le cuivre, le recours délicieux d’un blanc « réservé » épais comme une goutte de lait » . L’impression semble plus joyeuse, l’humain représenté d’une façon de plus en plus abstraite se transforme en une silhouette. La « mutation » semble aboutir dans les « reliefs gravés » , ces effigies, debout ou allongées, possèdent une grande présence, « la gravure devenue objet » comme l’explique Jean Tardieu.

Dans « la nuit danse » burin,  dont 3 états sont montrés, un espace blanc sur un maillage noir dessine quelques lignes qui suggèrent une fine silhouette, à la tête en croissant de lune, qui danse. Avec une grande économie de moyens, Roger Vieillard  nous offre une image poétique et ludique.    





















Anita de Caro une oeuvre colorée

C’est aussi le coté poétique et ludique, qui  frappe dans la salle consacrée aux œuvres d’Anita de Caro. Peintures colorées, bois peints et assemblés en statues, collages de morceaux de gravures de Roger Vieillard : « Le monde d’Anita de Caro est un monde gai, plein de merveilles enregistrées et interprétées dans une nuance joyeuse » (Herta Wescher).  Comme chez Roger Vieillard l’œuvre oscille entre figuratif et abstrait. Quarante toiles sont présentées, on retrouve certains des   thèmes de Roger Vieillard (Villes, les figures humaines) mais aussi un monde qui lui est propre (cosmogonies, Coups de dés). Les  supports sont variés, mais quelque soit la technique utilisée : huiles aquarelles, le résultat est vivant et échappe à la redite. Anita de Caro parlait ainsi « Il n’est pas simple de parler de la peinture que l’on fait, car pour le peintre, peindre c’est comme respirer… Mon expression naturelle est la couleur, car elle est le langage de émotions. Elle naît quand je la pose sur la toile. Seule la nécessité l’appelle. Chaque instant la découvre. La toile lui apporte l’espace ou elle trouve forme et rapports… Une impression sensible peut venir de la pierre la plus banale d’un mur ou d’une figure entrevue dans la rue. Mais ce n’est plus le sujet qui compte, c’est plutôt la rencontre de quelque chose qui porte à un état de grâce. ». Anita de Caro a  été  l’une des dernières artistes américaines à être venue à Paris, attirée par la suprématie artistique de cette ville. Les deux artistes sont proches de l’école de Paris, qui est le dernier style représentatif d’une hégémonie artistique de la France sur le reste du monde.


Une inititation aux techniques de l'estampe

Dans l’orangerie du parc, le musée du dessin et de l’Estampe originale de Gravelines, propose une exploration pédagogique des différentes techniques de la gravure (burin, eau-forte,  gravure sur bois), une presse permettra des démonstrations d’impression.


  Cette exposition, hors norme, par rapport à la tendance culturelle actuelle , donne le plaisir de découvrir deux artistes aux œuvres originales. Elle possède beaucoup d’attraits, le commissaire d’exposition, Anne Guérin, auteur du catalogue raisonné de Roger Vieillard, a su faire partager sa connaissance et sa passion pour les deux artistes. L’exposition bénéficie d’un cadre exceptionnel. La propriété Caillebotte est un haut lieu de l’impressionnisme, elle a fait l’objet d’une réhabilitation, dont l’espace d’exposition est la dernière opération. L’aménagement a été réalisé avec la collaboration des équipes du musée d’Orsay, afin d’offrir les conditions requises à des expositions artistiques. L’exposition « Le trait et la couleur » inaugure avec bonheur un nouveau lieu culturel auquel nous souhaitons beaucoup de succès.

 

Roger Vieillard, Catalogue raisonné, Œuvre Gravé, 1934-1989, deux volumes (ouvrage dirigé par Anne Guérin avec le collaboration de Virginie Rault, essai de Dominique Tonneau-Ryckelynck, préface de Marc Fumaroli), éditions Somogy, Paris, 2003, 217 p. (ISBN 2850564818) .


Roger Vieillard Anita de Caro le trait et la couleur
, par
Anne Guérin, Catalogue de l'exposition de la propriété Caillebotte de Yerres, 20 septembre au 30 novembre 2008, éditions Gourcuff et Gradenigo, Ville de Yerres, 2008, 127 p.
(ISBN 9782353400454) .

 

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