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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 17:58

Pr-sentation1.jpgGALERIE MARCEL GUIOT

4 rue Volney, 4 -PARIS

 

EXPOSITION DE Maurice A C H E N E R

Son œuvre gravé

 

Préface de André Blum

(traduction de Llyod Sloane)

 

Du 12 Mars au 2 Avril 1927

 

Maurice Achener

 

 Pour la première fois de sa carrière, Maurice Achener réunit dans une exposition un choix de ses œuvres les plus importantes. Le catalogue complet pourrait compter plus de deux cents numéros depuis 1902, époque à laquelle il a commencé ses premiers travaux sur cuivres. Voilà juste un quart de siècle qu’il n’a cessé de produire des eaux fortes pleines à la fois de conscience et de sentiments, mais jusqu’à présent, il n’a été estimé que par quelques connaisseurs. Deux articles, l’un de M. Clément Janin, l’autre de M. Emile Seyden ont déjà signalé l’intérêt particulier de ces pièces où l’artiste fait preuve non seulement d’un excellent métier mais de grandes qualités émotives. 

 C’est un Alsacien de Mulhouse, où il est né en le 17 septembre 1881, fils d’un ingénieur qui lui apprit  avec la précision des méthodes, le goût de l’art. A la mort de son père ses dispositions pour le dessin qu’il avait favorisées, se développèrent ; Maurice Achener alla étudier à l’école des Arts décoratifs de Strasbourg. Cet enseignement ne répondait pas à ses aspirations et il se rendit à Munich pour compléter son éducation. C’est là que Peter Halm, un excellent  professeur lui enseigna l’eau forte. 

 Toute sa carrière est profondément marquée par l’empreinte des leçons de Halm, avec lequel il ne cessa d’entretenir des relations affectueuses jusqu’au moment de la guerre, où il fit campagne avec l’armée française. De  son séjour en Allemagne, il a gardé l’habitude d’une technique laborieuse et soignée qui n’exclut pas une extrême souplesse de dessin. Cette qualité frappa Jean-Paul Laurens dont il fut le disciple à Paris vers 1907-1908. Un jour qu’il corrigeait une étude académique, il lui dit familièrement, avec son accent toulousain : «  Et maintenant, continuez à dessiner. »

 Dans l’eau-forte, il traduit son émotion devant la nature. Ses gravures vibrent d’une lumière et d’une couleur étonnantes. Que d’une pointe fine et d’un acide mordant, il exprime le charme des vieilles pierres de Strasbourg, de Venise, de Vérone de Florence et de Brescia, et surtout de Paris, sa vision reste profondément personnelle. Il admire Rembrandt, mais il a trop de respect pour son génie pour chercher à l’imiter. De l’étude approfondie de ce grand maître, il a su tirer l’art de faire valoir la lumière d’un paysage uniquement par la variété, la justesse des valeurs qui donnent au blanc du papier toute sa clarté. 

 Dès le début de sa vie d’artiste, il a profondément compris tout ce qui assure à une épreuve son éclat et sa variété de tons. Dans ses premiers voyages en Vénétie, il a observé la poésie et le pittoresque des ruelles avec leurs vieilles maisons aux motifs sculptés, et il réussi à rendre avec sensibilité et émotion l’aspect décoratif des constructions anciennes et le monde des souvenirs d’autrefois qu’elles évoquent. Dolce farniente à Venise, La Tour à Vicence, La Via dei Girolami à Florence, montrent trois formes différentes de sa manière de concevoir la physionomie si curieuse des villes célèbres de l’Italie. Ici, une certaine mélancolie plane dans l’atmosphère des palais baignés par les eaux sur lesquels un pont jette sa courbe hardie ; là, des voûtes produisent des tâches d’ombre et rappellent par leurs tons heurtés les ruines de Piranèse. Ailleurs, une tour s’élance vers le ciel éclairée par le soleil et la lumière qui pénètrent à ses pieds dans des venelles très resserrées. 


 On pressent dans ces petites planches un paysagiste qui est aussi un illustrateur. Dans genre il a traité le bois, il y a une quinzaine d’année, avec une facilité et une habilité que soupçonnait certainement le critique Girodie, auteur responsable de son incursion dans le domaine de la xylographie. M. Girodie mit en relation  M. Achener avec un autre Alsacien, M  Spetz qui en 1909, lui demanda d’orner d’une trentaine de composition son poème Théodolinde de Waldner. Dans ses vignettes il s’est souvenu des bois de Dürer, qu’il a accommodé dans un style un peu romantique. Plusieurs fois, il a délaissé la pointe et le burin pour tailler le buis. Les bibliophiles connaissent bien ses illustrations de la Princesse Maleine, de Maurice Maeterlinck, en 1918 ; celles du Feu de d’Annunzio en 1919 ; celles plus nombreuses encore et plus importantes, qu’il exécuta pour la Faute de l’abbé Mouret de Zola en 1922, et tout récemment, ils ont apprécié ses planches pour Monsieur des Lourdines, d’Alphonse de Chateaubriant.

 Mais c’est l’eau-forte qu’il affectionne et à laquelle il paraît vouloir se consacrer avec le plus de joie. Il n’est pas gêné par un texte et il se liasse entraîner à une contemplation admirative de la nature. C’est un peintre de plein ait qui analyse finement et avec justesse les effets produits sur son âme par les arbres, les pierres et l’eau. Quelques vues de Paris, comme le Pont Royal, le pont de la Tournelles, la Place de la Concorde, donnent une idée de son talent. Elles dénotent un esprit soucieux de prendre sur le vif soit une perspective soit un espace de terrain. Mais il ne reproduit pas servilement ce qu’il voit il fait œuvre de composition. 

 Un des moyens qu’il emploie souvent, comme dans la Chapelle St-Josn à Fribourg ou la place de la Concorde, consiste à étudier attentivement soit un arbre, soit un socle, soit une chapelle qu’il met au premier plan en pleine valeur, tandis que dans le fond s’estompe le profil des édifices légèrement indiqués. Il y a là un contraste entre les noirs du premier plan et le blanc lumineux des perspectives aériennes. Dans le Pont St Nicolas, à Strasbourg, on retrouve encore cet effet si heureux, qui traduit avec tant d’émotion l’opposition entre les arbres placés au bord de l’eau près du pont, en avant et la ligne de maisons qui se dessine à l’horizon.

 
 Ce ne sont pas seulement les villes dont il a su exprimer la vie et l’atmosphère : c’est aussi la campagne dont il a compris la poésie intime et discrète.
 

  A Fiesole, s’il s’arrête devant une ferme toscane, il trouve les traits justes pour rendre l’aspect séduisant et pittoresque de ces maisons aux toits hauts et carrés, derrière lesquels d’étage une file de cyprès s’élevant vers le ciel, tandis que d’autres sont esquissés dans le fond au pied d’une colline. S’il se promène dans le midi de la France, en Provence ou en Savoie, il découvre dans ces régions un charme très subtil. Une pointe sèche des plus heureuse est intitulée Le Bastidon. Si ce n’est pas une des plus importantes dans l’œuvre de Maurice Achener, c’est peut être une de celles ou il atteint au maximum de puissance avec un minimum de moyens. Dans le tableau qu’il a composé pour cette scène des environs de Aix, la peinture ne peut faire sentir avec que la pointe, l’atmosphère méridionale qui enveloppe la composition. Un route dessinée d’un trait discret, est bordée par une maisonnette près de laquelle se dresse un cyprès ; la tache de cet arbre d’un noir intense à laquelle l’artiste a gardé d’une manière si heureuse les « barbes », contraste avec le ciel lumineux. Le Passeur – la Ferme du Comtat -  le Monastère du Val d’Ema – la villa Vivai, ne sont pas moins attrayants par ce mélange d’arbres aux tronc noueux, aux masse sombres, s’opposant aux rayons de soleil pleins de douceur qui baignent  de lumières les lointains du paysage.

 Par ce côté, Maurice Achener s’apparente à nos illustres paysagistes comme Claude Lorrain, dont il continue la tradition, en utilisant surtout comme lui «les objets au-delà du deuxième plan qui diminuent vers l’horizon et se perdent dans le ciel ». 

 L’eau-forte et la pointe sèche sont pour lui un merveilleux moyen de noter avec sûreté et sensibilité ses différents états d’âme devant les sites pittoresques d’Alsace, d’Italie et de France. C’est surtout dans la pointe sèche qu’il trouve des oppositions saisissantes d’ombres et de lumière, tout en faisant ressortir d’un trait nerveux les fines découpures des arbres, l’anatomie pour ainsi dire d’un bois, dans lequel il entend palpiter la vie. Ce n’est pas un promeneur distrait pour lequel les aspects de la nature ne changent pas ; il sent au contraire à chaque moment les effets différents produits par l’ombre ou le soleil, par la le vent par les vapeurs qui montent de la terre, par les brumes, par les pluies qui modifient sans cesse la physionomie d’un  coin de terre. Pour exprimer la vérité de ces harmonies, sa science joue avec dextérité du noir et du blanc, dont il fait ressortir les différentes valeurs sur ses épreuves, sachant indiquer par ses tailles ce que signifie chaque élément d’un paysage. 

 
 Ce qui ajoute encore une coloration particulière à ses estampes, c’est le choix heureux de papiers anciens collectionnés par lui habilement depuis quelques temps , qu’il emploie avec beaucoup d’à propos pour chacun de ses tirages. Ces moindres détails accusent une technique appliquée, due au travail assidu de sa jeunesse, mais renouvelée par un commerce avec nos grands maîtres de l’eau-forte et surtout par l’étude directe de la nature. Il n’était connu hier que d’une élite ; cette exposition mettra en pleine lumière, pour le grand public, le nom et l’œuvre d’un artiste d’une réelle sensibilité, d’un incontestable talent, resté volontairement mais trop  longtemps dans l’ombre.

 


ANDRE  BLUM
   

 

 

 

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