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29 septembre 2007 6 29 /09 /septembre /2007 23:55

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Maurice Achener est un illustrateur de livre de bibliophiles, de nos jours l’illustration de livre qui nous est la plus familière est celle de la littérature enfantine. Il existe bien des livres illustrés populaires,  pour d’autres publics, tels que les bandes dessinées. Mais les éditions de romans illustrés  par un artiste ne sont pas fréquentes dans les librairies. Pour comprendre dans quel contexte économique a travaillé Maurice Achener, il est intéressant de connaître  le fonctionnement de l’édition de livres illustrés à son époque. 

Mais tout d’abord, nous pouvons  rappeler  que la définition du  mot bibliophile dans le dictionnaire est « Personne qui cherche et conserve avec soin des livres rares et précieux ».


L'illustration pour vendre des livres 

Jusqu’au début du XX me siècle les tirages de livres illustrés étaient considérables,  il ne s’agissait pas d’objets de luxe.

 

Vers 1900, les amateurs de livre forment des clubs, appelés Société de Bibliophiles, dans lesquels ils élaborent des livres qu’ils désirent. Ils sont illustrés et bénéficient d’une typographie soignée. Ces livres tirés à peu d’exemplaires sont numérotés et même parfois nominatifs.

 

Ces tirages de luxe cohabitent avec des illustrés moins coûteux. Car l’édition est en crise, et l’image est  destinée à attirer la clientèle face à l’émergence d’autres loisirs concurrents tels que les sports et les journaux.  Cependant  ces livres  ne sont pas à la portée de tous, en 1914, ils se vendent aux alentours  de 2 francs tandis que le prix moyen du livre est à 20 centimes.

Les Illustrateurs marquants de ce type d’édition sont Auguste Lepère, Maurice Denis, Luc Olivier Merson, Steinlen , Charles Jouas. Maurice Achener commence alors à  illustrer des ouvrages empreints de culture alsacienne (« Théodolinde Waldner de Freundstein » et des poèmes des frères Matthis).


Les éditions Crès 

En 1912, Georges Crès crée sa maison d’édition. En 1918,  l’édition sort du marasme, les coûts de fabrication sont stables et le prix du papier est en baisse. Maurice Achener illustre Maeterlinck dans la collection « le théatre d’Art » de Crès.  Puis dans la collection phare de l’éditeur, « les maîtres du livre » il réalise nottament le frontispice pour Feu de Gabriele d’Annunzio. La série était dirigée par Adolphe Van Bever, qui venait du  Mercure de France. Les tirages étaient limités et les œuvres souvent inédites, ces livres furent très prisés des bibliophiles. 

 

L’édition entre alors dans une phase, d’un essor extraordinaire, Maurice Achener fait partie d’une génération de jeunes illustrateurs, qui connaissent un grand succès, on peut citer Daragnès, avec lequel il travaille chez Crès,  Gus Bofa, Decaris, Hermine David.

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Les éditions Mornay  

Les éditeurs A et G Mornay créent la collection Mornay, qui devient vite recherchée,  leurs  livres sont qualifiés de « demi-luxe ». Ils instaurent un système de souscription pour cinq livres par an. Le tirage se fait en général à mille exemplaires, un service de presse est  prévu pour contribuer à la diffusion de l’œuvre. Les premiers livres sont essentiellement illustrés par des bois,  Maurice Achener  réalise dans cette technique, en  1922, le quatorzième livre de la collection les Beaux Livres: «  La Faute de l'Abbé Mouret », d’Emile Zola. Mais c’est à l’eau forte qu’il créera le graphisme pour Monsieur des Lourdines d’Alphonse de Chateaubriant en 1925, référencé comme vingt-huitième livre.


Spéculation sur les beaux livres 

Les livres sont à la mode, par plaisir, mais aussi comme placement. La crise économique des années 20 et la forte dévaluation du franc qui en résulte favorise les investissements  dans les œuvres d’art,et les livres. « Aller voir de la peinture devient une expression courante » « Passer chez le libraire » en fut une autre. Les périodiques ont une rubrique sur les livres, dans cette optique. Elle se nomme « La bourse des livres » dans un des journaux. On assiste à une spéculation, les livres sont achetés et revendus. Les prix peuvent doubler ou tripler en huit jours.

Les lecteurs se découvrent bibliophiles et remplissent leur bibliothèque de livres. Dans ce contexte favorable, de nombreuses maisons d’édition se créent. Le marchand Ambroise Vollard avait déjà commencé depuis les années 1900 à demander des illustrations à des artistes qui n’étaient pas graveurs. Des particuliers tels que le Docteur Manuel Brucker  réalisent des petites productions de livres illustrés.  

L'effondrement

Une crise intervient en 1931, et la cote s’effondre.  Pour exemple « A rebours » de Hysmans illustré par Lepère (Les Cents Bibliophiles) vendu 9500 francs en 1930 ne valait plus que 4000 francs quatre ans plus tard.

La reprise et les sociétés de Blibliophiles

Seulement une dizaine d’éditeurs subsistent après 1934.  De nouvelles sociétés de bibliophiles se créent, elles  sont de goût plutôt traditionnels, mais aiment également les innovations. Leurs éditions originales sont diffusées exclusivement au sein de la société. Les sociétés soutiennent financièrement des projets d’artistes qui sans elles ne trouveraient pas d’éditeur. Maurice Achener ne travaillera plus qu’avec des organisations de ce type. La « Société des Médecins bibliophiles » lui permet son dernier ouvrage personnel  «  La Première journée de la bergerie » de Remy Belleau, en 1945. Maurice Achener en réalise toutes les illustrations et les lettrines.  Il participera à  des ouvrages collectifs avec la « Société de Saint Eloy » dont son ami Paul Adrien  Bouroux est le secrétaire.

En tant qu’acteur de l’édition illustrée du XX me siècle Maurice Achener en aura suivi l’évolution , et aura intéressé les éditeurs parmi les plus marquants de cette période.

Sources :

  • Antoine Coron "Le livre concurrencé 1900-1950" Histoire de l'édition française.
  • Catalogue de l'exposition "Manuel Bruker collectionneur et éditeur d'art" Musée des Beaux Arts de Bordeaux Le festin. juin 2004
  • Michel Vaucaire "La Bibliophilie" Que sais je ? numéro 1406 PUF 1970.

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