Maurice
Achenerpeintre graveur illustrateur (1881-1963) Nous voulons vous présenter ici Maurice Achenerdans son contexte, sescontemporains,son époque, de sonAlsace nataleà Paris.
La vie de l'estampe continue, et nous vous informons égalementde son actualité. Cet
espace est aussi le votre il peut s'enrichir, grâce à ses visiteurs, alors n'hésitez pasà communiquer. Welcome to the web site of
Maurice Achener, Painter and Etcher (1881-1963),Following this link you will find information
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«
L'image cabrée » , Fondation Paul Ricard , par Marie-Anne Chenerie
Les expositions des Fondations d'entreprise
Je continue ici ma série sur les expositions de Fondations d’Entreprise. Après la Fondation « Louis Vuitton » ( voir
ci-dessous) , voici la Fondation Paul Ricard , et sa dernière exposition « L'image cabrée »; je n'insisterai pas encore une fois sur la beauté de ces lieux , et leur adresse prestigieuse : luxe,
calme et volupté , voici l'impression qu'on en retire , renforcée par un accueil soignée , disponible , élégant , le sentiment d'avoir pour soi tout seul des pièces immenses, lumineuses et que
les œuvres sont là uniquement pour vous ; ceci est souvent accentué par le choix du commissaire de sélectionner peu de pièces choisies rigoureusement. Bref, quel plaisir d'échapper au sort du
visiteur classique que je suis : une attente debout qui vous tue les jambes , ces jambes dont vous auriez tellement besoin une fois que vous êtes enfin arrivé au lieu de vos attentes, un espace
surchauffé, encombré ( la densité des autres visiteurs , les bruits parasites : en enfant qui pleure : est-il vraiment bon pour un enfant de 3 ans d'aller voir des Vermeer ?-) , mais aussi
parfois beaucoup, trop d'œuvres, dans le but de montrer par exemple, l'évolution de l'artiste et des appariteurs ( on ne peut vraiment pas dire « hôtes ou hôtesses ») qui dorment sur leur chaise
( dans le meilleur des cas ) et , dans le pire de cas , échangent à voix haute des recettes de blanquettes de veau ou les commentaires du dernier France -Autriche .
Bref, l'impression d'être dans un lieu réservé et dédié à la seule contemplation des arts. De plus, ces expositions sont
accompagnées d'un catalogue gratuit , réalisé avec une recherche de mise en page et de typographie impressionnante , d'un site internet très bien fait , d'une grande richesse explicative ( qui
est parfois indispensable, disons-le franchement) ) . Donc, n'hésitez pas, ne vous laissez pas intimider, franchissez la lourde porte et saluez les hôtesses d'un air entendu : après tout, c'est
de l'art, et, que je sache, c'est fait pour être vu , et , de mon avis ( je n'engage que moi ) , par des personnes de stature et d'origine très différents .
Image cabrée ?
Une fois ceci posé, je reviens à « L'image cabrée ». Tout d'abord pour vous dire ma perplexité devant l'intitulé de
l’exposition. Pour moi, on se cabre « contre » un obstacle, une idée, une contrainte, ce mot est associé à la révolte, la rébellion, la spontanéité, la fougue , la jeunesse souvent , la force
animale et donc non contrôlée , voire dangereuse . Pour moi une image cabrée est celle qui surgit, pure et vierge de toute manipulation en ayant justement repoussé tous les
forçages auxquels l'artiste a voulu la soumettre.
Or, si nous nous en tenons à l'âge des artistes sélectionnés, nous retrouvons cette impression de jeunesse.Mais qu'ai je
trouvé dans les œuvres exposées? Certes des images, mais plutôt des images manipulées , reproduites , superposées , ce que je trouve extrêmement intéressant comme principe ( et nous rapproche ici
de la gravure, qui est le processus qui permet, par excellence, ce travail d'empilement, de retour en arrière, d'ajout, de métamorphise) . Mais pour moi, ce n'est pas une image cabrée , mais une
image domptée , qui a été travaillée , « matée » , comme un cheval que l'on a dressé et dont le résultat est celui de longues heures de manipulations et entrainements, qui est célébrée ici ;
j'aurais peut être choisi comme titre , « l'image domptée » ou « l'image complexe » , mais cela ne correspond sans doute pas à l'intention du commissaire .
Ou alors , peut on imaginer que l'image « cabrée » est celle qui , malgré les traitements que l'artiste lui a fait subir
( bombage, pliage, photocopies, superpositions, éclairages en transparence ) , est celle dont le résultat final échappe à l'intention de l'artiste et le dépasse largement pour venir s'imposer
dans sa vérité individuelle , vérité peut être cachée qui peut maintenant surgir d'elle même après ce passage obligé de manipulations, comme un « tunnel de purification »? .
Cette remarque liminaire sur le titre de l'exposition, est simplement un petit mouvement d'humeur . Dans le fonds, pour moi, l'art ne peut être que « senti, rare, sincère » ( Hector Obalk
, L'eau , revue d'art , septembre 2000) . Et c'est souvent ce qui explique mon malaise en face de certains œuvres d'art contemporain : leur absence de complexité, leur obéissance primaire à une
règle unique ( le concept ) et donc, l'absence de surprise( alors que, paradoxe, c'est souvent la surprise , par le décalage, par exemple, que l'artiste a voulu provoquer) , car tout est expliqué ,
justifié , argumenté pour rentrer dans l'intention de l'artiste . Cette surprise, cette profondeur, cette découverte de couches successives insoupçonnées, je peux les trouver dans un Rembrandt,
dans Fillipo Lipi, dans le retable d'Issenheim, , dans un Rothko, dans un Sacksick , mais déjà moins dans un Nicolas de Stael ou dans un contemporain qui va longuement m'expliquer l' intention qui
a présidé à son installation . Et cette profondeur, je ne l'ai pas trouvée dans toutes les oeuvres exposées. Je vous dirai à la fin de l'article quelle est l'oeuvre qui, pour moi répond à ce
critère de profondeur et de « surprise » .
J'ai choisi de vous faire part (ce ne sera pas trop long, rassurez vous) de mon avis sur 3 thèmes :
1) Les manipulations de l'image
2) La scénographie de l'exposition
3) Le débat – éternel – sur la peinture versus les autres techniques de l'art contemporain, ou les autres media
Les manipulations de l'image
1) L'image manipulée : ici la force de l'artiste est de soumettre l'image à des traitements , altérations soit aléatoires
( pluie, déchirures ) , soit voulus ( pliage, photocopie , mise en transparence du verso d ela feuille) , pour en faire une oeuvre , pour en donner une image différente , parfois opposée de sa
signification première ( Ida Tursic et Willfried Mille , « 90 Interview May » ou le recto d'une affiche de Clement Rodzieski ) , et qui ouvre une porte d'entrée vers un autre univers : l'écart se
creuse entre l'oeuvre et l'image d'origine , jusqu'à la contradiction ou le paradoxe : dans cet écart, s'engouffrent nos peurs, nos doutes , nos incertitudes , nos espérances :c'est l'inconnu qui
est là et qui nous appelle. Cet écart est d'autant plus fort que l'image nous est familière, ou bien se rapporte à des clichés bien installés ( la jeune mariée surannée de Jimmy Roberts ) , qui
nous font mesurer le gouffre qu'il y a entre la représentation immédiate de ces images et ce que notre inconscient y voit , comme dans un rêve éveillé. A cet égard, cette exposition offre de
nombreux exemples de ces manipulations, qui donnent tout son sens au mot « image »: » figure qui fait reconnaître ou évoque une réalité ».
La scénographie de l'exposition
2) La scénographie : la mise en scène de l'exposition est surprenante et nous invite à revenir sur un principe de l'art
contemporain, à savoir que son approche nécessite une intervention, un effort de notre intelligence ou du moins une participation active et non plus seulement l'appel à notre sensibilité ou au
plaisir des yeux immédiat :les oeuvres sont exposées sans cartouche, sans titre , sans nom d'auteur et si l'hôtesse ne vous donne pas un plan ( intéressant, cela vous oblige à reparcourir les
autres oeuvres des 3 salles ) :
vous avez donc 2 façons de visiter l'exposition :
1. celle de l'amie qui m'accompagnait ( elle est aussi spontanée , immédiate , rapide que je suis réfléchie , «
bon élève », consciencieuse ) ) , qui s'est laissée porter par ses pas et ses préférences à travers les 3 pièces , en se disant très vite « j'aime ou je n'aime pas ; il est intéressant de noter
que ses préférence sont allées très spontanément vers les oeuvres peintes , et nous y reviendrons plus bas ) et je dois dire que ces choix étaient sensibles
2. ma démarche : j'ai donc pris le plan et cherché à comprendre, ou bien demandé à l'hôtesse. Et là, surprise aussi , et
bravo au curateur, le plan vous fait perdre un peu l'orientation la localisation des tableaux ou des installations et il vous arrive même de prendre un titre pour un autre ( et après tout,
pourquoi pas, car c'est vous qui voyez l'image et c'est à vous qu'elle appartient ) ; l'hôtesse rajoute quelques explications ( par pitié ? par gentillese, par souci de faire apprécier l'exposition ? ) : la
simple photo des narcisses découpée et recollée , et qui, vous l'aviez bien remarqué, est accrochée à 1 m du sol , rappelle la hauteur de l'artiste enfant . Ouf, tout s'éclaire, me voilà
rassurée, il y a une explication censée , mais l'aurais je trouvée toute seule ? Et si je ne l'avais pas su, il en serait resté dans ma mémoire un image étrange de photo , banale, découpée et
recollée, soigneusement encadrée, accrochée à 1 m du sol . Et j'aurais imaginé des tas d'explications : l'artiste est nain et expose ainsi sa confiance et son obsession de son corps, ou
encore, l'artiste est complexé ( par quoi ? ) et s'expose trop bas , ou encore, l'artiste nous oblige à nous pencher , et donc à réfléchir sur le fait que notre obsession de nous même ne nous
élève pas , mais au contraire nous abaisse, ou que sais je encore j'en aurais beaucoup d'autres à vous proposer . Donc voilà pour moi, un œuvre d'art contemporain intéressante, car , au lieu de nous imposer sa lecture unique, elle me
force à aller chercher en moi ce qu'elle évoque . Donc le commissaire a raison : pas de titre ou d'explication affichés nous oblige , quand l'œuvre est bonne, à une appropriation de l 'œuvre .
.
Voilà un effet de cette scénographie, j'en citerai encore un , et je vous prends à témoin : qu'auriez vous pensé à notre
place : nous passons sous un ventilateur ( en marche, gris neutre , comme un ventilateur de bureau ou d'entrepôt ) et apprécions l'air frais qu'il introduit dans cet espace ( un peu de fraicheur
au milieu de tant de réflexions intelligentes ? ) « Quelle bonne idée » me dis je . Or le plan vous indique une oeuvre d'Etienne Chambaud , intitulée , « l'air,exclusion de la tautologie ,
N9 » et précise, qui plus est « dimension variable ». Passé un premier réflexe de fou rire ( et après tout l'humour est une qualité première de l'art contemporain et justement de
cette distance qu'il introduit entre œuvre et signification) , nous nous interrogeons très sérieusement ( je vous ai dit que je voulais faire les choses consciencieusement ) : « que veut dire
dimension variable ? Est ce l'air qui prend de nouvelles dimensions, le ventilateur qui s'élargit ? le ventilateur qui donne à la pièce de nouvelles dimensions selon qu'il tourne plus ou moins
vite ?»
Bon cela est bien intellectuel et ce que je pourrais reprocher à la scénographie du commissaire, par ailleurs,
je le redis , très intéressante, est que cela réserve cette approche à une certaine élite et que le fait de n'avoir pas la réponse – ou un début de piste avec le titre – exclue de fait de nombreux
visiteurs d'une connivence avec l'œuvre ou l'artiste . Mais après tout peut être est ce voulu ? Après tout , nous ne sommes pas toujours obligé de trouver quelque chose d'intelligent à dire ou à
penser devant chaque œuvre ...Et finalement, je l'avoue, je n'ai rien d'intelligent à dire devant ce ventilateur , sauf que cela fait du bien de passer dessous ...
Le débat – éternel – sur la peinture versus les autres
techniques de l'art contemporain, ou les autres media
3) Enfin, c'est un peu long, je m'en excuse, mais cette exposition a soulevé en moi ( qui suit de la génération du dessin
, de la gravure, de l'effort , de l'apprentissage, ..) de nombreuses questions : je voudrais revenir sur la différence de perception entre une œuvre peinte ( Damien Cadio , Ida Tursic et Wilfried
Mille par exemple ) et les autre œuvres, plutôt du genre « installations » ou utilisant des technologies modernes , comme la reprographie ou la photo . Aujourd'hui, nous sommes dans l'ère de
reproduction, de la diffusion de masse. C'est pour cela que je salue ici le travail de ... la mariée , tout à fait intéressant, car la technique de photocopie ouvre tout d'un coup une nouvelle
dimension : au premier abord, un photo passée et conventionnelle d'une jeune femme souriante au bonheur convenu de fiançailles ou d'un mariage à venir , photo sur laquelle , croyez vous,
l'artiste a collé du sparadrap ou des bandes Velpeau, comme un voile de marié, mais aussi comme des liens collants dont on ne pourra pas se défaire ( tout le monde a fait l'expérience du morceau
de sparadrap qui nous poursuit et nous ridiculise par son obstination ) et qui évoque la maladie, l'hôpital ( et donc la guerre , si on l'associe à l'époque de la photo ). Vous trouvez l'idée pas
mauvais, mais un peu facile, puis à y mieux regarder, vous voyez que l'œuvre est plate, donc vous pensez que c'est peint ( et là vous admirez la prouesse technique , car c'est d'un réalisme
poignant ) , et enfin , vous touchez et c'est lisse et froid , comme une photocopie: et c’est bien une photocopie. Donc plus de prouesse technique, mais une autre dimension, celle de l'image
reproduite ( la photo est déjà une image ) et brisée, torturée, « refroidie » . Je sais bien que Godard a dit, en parlant des caméras numériques « c'est Sony qui filmera et non pas eux » ( Hector
Oblak, voir ci dessus) , mais là , ce n'est pas Hewlett Packard qui l'a fait , c'est mais bien Jimmy Roberts ; la photocopieuse est un moyen comme le pinceau ou la bombe aérosol. Clément
Rodzielski l'a aussi bien montré , avec ses « miroirs noirs » ....Donc bravo au travail sur la photocopie , qui révèle , comme la gravure, des surprise et permet le mariage d'éléments apparemment
incollables pour ne faire un univers compact, lisse, inquiétant .
Pour finir, mon choix ira aux artistes Ida Tursic et Wilfried Mille ( c'est de la peinture ...) , et en particulier à
l'immense portait de la très jeune femme: une poupée ravissante au sourire et au regard stéréotypés , vous vous approchez , et là, la contradiction, le mystère est là : en transparence , vous
voyez des tâches de peinture et d'huile, vous comprenez que c'est la page d'un magazine souillé . Souvenez-vous, comme ce scarabée dans les natures mortes ou la mouche ou le papillon dans ces
bouquets de fleurs , qui nous disent que derrière l'apparence de l'ordre et de la beauté , il y a l'horreur de la mort et de la destruction, du désordre . D'ailleurs, a-t-elle été assassinée,
violée , est ce un pantin mécanique ? Comment est son corps qu'on ne voit pas ? Ce n'est pas seulement une anecdote, c'est presque une allégorie .Ce visage, lisse , beau et sans profondeur nous
ouvre en fait une dimension inattendue , donnée par le détail du haut du tableau et des mouchetures rouges , donc par le défaut et le détail Et chacun y voit ce qu'il veut . Voilà pour moi un
image, sinon cabrée, du moins, travaillée, complexe, personnelle à chaque visiteur qui en fera sa lecture , contemporaine par sa technique et son thème .
Fondation d'entreprise Ricard / Art contemporain, 12 rue Boissy d'Anglas 75008 Paris, 01 53 30 88 00 Exposition jusqu’au 7 novembre 2009
du mardi au samedi de 11h à 19h
Visites commentées tous les mercredis à 12h30 et samedis à 12h30 et 16h00.