undefined Maurice Achener a réalisé plus de cinquante gravures sur Strasbourg et ceci tout au long de sa vie, un hommage à la ville de sa jeunesse et de ses amis tel que Emile Schneider. 

Paul Ahnne , présente ainsi la ville de Strasbourg :
" Le vieux Strasbourg s'amenuise de décennie en décennie, mais bien des coeurs se souviennent et s'il ne dépendait que d'eux les vestiges qui méritent de subsister, la grâce et la poésie qui les baignent ne subiraient aucune atteinte. Il ne s'agit pas de nier les exigences d'une évolution naturelle et logique. Que les percées soient faites, que de vieilles maison soient remplacées par des nouvelles, que plus d'ordre et de clarté s'instaurent sous la règle de nos bâtisseurs modernes quoi de plus naturel !
" Mais de grâce ! Que l'utilitarisme, ce mot plus affreux encore que ne peut l'être parfois la chose qu'il désigne, ne bouleverse pas, ne dénature pas tout..."


Paul Ahnne 1959 "Strasbourg 1850-1950 "cité dans "Strasbourg naguère 1855 1945 " Pierre Feder et Astrid Gidoni Editions Payot Collection "mémoires des villes" 1979



En cliquant sur ici vous accéderez à notre présentation des gravures sur Strasbourg 

Focus sur la gravure du quai Saint Nicolas

Préparation de la plaque

Maurice Achener a le plus souvent utilisé  la gravure en creux dite taille douce. L’artiste attaque une plaque de métal, du cuivre ou du zinc.

Soit directement par un outil (burin, roulettes ou pointe sèche)  

Soit en recouvrant la plaque d’un vernis, sur lequel on dessine avec une pointe. La plaque est ensuite plongée dans un bain d’acide « l’eau forte » qui attaque la plaque partout ou la pointe a dégagé le vernis. La plaque est nettoyée avec le solvant correspondant au vernis utilisé.

 

Encrage

Dans la matrice qui est la plaque de cuivre résultant de différentes morsures de l'acide. L’encre va rester dans les parties en creux, les tailles. 

On recouvre totalement la plaque d’encre, on essuie avec de la tarlatane, qui est une mousseline fine. On commence par des chiffons sales et on utilise des tissus de plus en plus propre.  L’encre est enlevée sur toutes les parties qui doivent rester blanches. C’est avec la paume de la main que l’on nettoie les résidus d’encre qui forment un voile.

 Maurice Achener a utilisé l’encrage pour obtenir les blancs et les noirs souhaités à l’impression, parfois en laissant  volontairement le voile sur des zones sans tailles.

pointe-s--che.JPG "Pas de bon ouvrier sans des bons outils" dit le dicton, pour la gravure en taille douce c’est pareil. L'objectif  est d' attaquer le métal, C’est pourquoi la gravure en creux est aussi appelée chalcographie ou gravure sur métaux. 
L’outil le plus simple est la pointe sèche, c’est un bout de bois avec juste une pointe à son extrémité, rien de plus basique, peu de risque de se blesser, avec elle nous dessinons sur la plaque de cuivre, cela enlève le vernis qui la recouvre, un clou ferait aussi bien l’affaire, mais serait moins maniable. Au fur et à mesure que le vernis se recouvre du dessin, des filaments d’or apparaissent comme par magie. Le cuivre brillant et poli brille. Et plus cela semble lumineux, plus le noir sur le papier sera important, la gravure ou l’art de la surprise. Un article de R Fischer dans un journal alsacien du 20 novembre 1962 concluait d'ailleurs ainsi joliement un article sur Maurice Achener :" Ainsi avons-nous rencontré Maurice Achener, graveur , 81 ans, autour duquel les enfants répètent lorsqu'il le voient graver à la pointe sèche sur le cuivre vernis et fumé, la même phrase émerveillée _ Oh, regarde, maman, ce monsieur dessine des lignes d'or sur du noir! "

Mais revenons aux outils, plus sophistiquée, du moins de nom,  la pointe diamant, c’est brillant, mais pas la peine de braquer pour cela un graveur, c’est tout à fait abordable, à partir de quelques dizaines d’euros chez les bons fournisseurs. Pratique pour revenir ajouter un peu de creux à la plaque, l’encre s’y incrustera en donnant un noir fort. Par contre l’attaque s’émoussera au fil des impressions. Il faudra peut être protéger la plaque par un aciérage, qui consiste en une électrolyse qui recouvre la plaque d'acier. Elle change alors de couleur et passe d'orange doré à gris. Maurice Achener utilisait pointe diamant et pointe de rubis. Pour noircir sans acide des tas de petites roulettes existent, elles sont munies d’un manche et on les roule sur la plaque. Certaines font des lignes parallèles, d’autres des points asymétriques, des petits trous ou des grands, un grand choix vous est offert, vous pouvez demander à votre dentiste de vous  passer de ses veilles roulettes, elles peuvent donner des matières intéressantes.  

Chacun de ces outils d’attaque du métal présente une qualité graphique et il est possible de les panacher pour varier les effets. 
brunissoir-manche-en-bois.JPG

Quand la gravure réalisée n’est pas à la hauteur de nos  ambitions, et que des attaques indésirables de l’acide ou des outils sur la plaque ne plaisent pas, on a des repentirs. Il devient nécessaire de reblanchir la gravure en polissant la plaque. Et cela devient physique, les outils fatigants sortent. Le brunissoir est une espèce de cuillère bombée qu’il va falloir frotter avec énergie et un peu d’huile sur l’endroit à rattraper. Et si cela ne suffit pas, l’ébarboir intervient avec cet outil tranchant sur trois cotés, un peu de concentration est nécessaire, en cas de dérapage cela peut saigner.

 

Les outils des graveurs changent peu et ceux de Maurice Achener seraient encore utilisables de nos jours. 
pince.JPG



Les illustrations sont extraites de "Traité de la gravure à l'eau forte" de Maxime Lalanne,  la première édition date de 1866.

Une gravure est une oeuvre originale réalisée par un artiste et destinée à une impression sur une presse à taille douce. Elle offre la possibilité d'être reproduite de façon multiple, tout en respectant un nombre limite de tirages.

La presse du graveur de taille douce est composée de deux montants de fonte, réunis par deux rouleaux superposés entre lesquels passe une plaque d’acier mobile. L’ensemble est comparable à un laminoir dont on peut régler la pression par les deux extrémités du rouleau supérieur. La table passe d'une extrémité à l'autre sous les deux rouleaux.  Sur la table sont disposés des langes, qui sont des rectangles de tissus de laine blanche.

Impression de l’épreuve ou tirage d'une gravure

 

 

 

Le papier à utiliser est préalablement mouillé, puis asséché entre des feuilles de buvard ou de journal, pour l’emmener à la bonne humidité.

Sur le plateau de la presse on place la plaque de cuivre encrée, le papier vierge, puis les langes.

Avec la roue on fait avancer le plateau sous les rouleaux, sous une forte pression. 

Quand la table est passée du coté inverse à celui où elle se trouvait au début, on retire la feuille de papier. Elle adhère par la pression au cuivre, qui laisse ainsi l’empreinte de sa forme. C’est ce que l’on appelle la cuvette.

L’image et la cuvette se trouvent imprimées sur le papier.

 

Comme Maurice Achener, Alexandre Urbain est un  des artistes Alsaciens , il a également grandit dans une Alsace allemande et souhaité son retour à la France. 
Ce Peintre graveur né à Sainte-Marie-aux-Mines le 1er mars 1875. 
Il vient travailler à Paris, où il est élève de Luc Olivier Merson.

Auteur d’une centaine de gravures, il a utilisé les techniques de l’eau forte et de la pointe sèche. Il imprimait lui même ses plaques. Il a réalisé des peintures décoratives en région parisienne : mairie de Vincennes, mairie des Gobelins, et au Palais de la découverte.

Il fut membre du salon d’Automne, de la Société des peintres graveurs, et président de la Société des Artistes indépendants de 1940 à 1952. Il décède le 22 octobre 1953. Le musée Galliera qui possède certaines de ses œuvres en organisera une rétrospective  en 1954. D’autres œuvres se trouvent au Musée d’Art moderne, au Petit Palais, au Musée des Beaux Arts, au cabinet des Estampes de Strasbourg, au Musée des Beaux Arts de Mulhouse. Le Musée de l’annonciade à Saint Tropez possède une huile de 1922 intitulée Maison de campagne  à  Saint-Tropez datant de 1922

Source Catalogue de l’exposition soixante ans de gravure Alsacienne (1900_1960) préface de Jean Vallery Radot, texte de Paul Ahnne.

 

Certaines sources référencent Alexandre Urbain comme Alexandre Urbain Koening, ce qui peut faire penser que Alexandre Urbain et Raymond Jules Koening sont la même personne. Cependant, leurs biographies distinctes bien qu’ils soient de la même région et contemporains semblent pourtant bien les distinguer.  
presse.jpgCes  vidéos montrent  la technique de l'eau-forte et les outils du graveur . Daniel Harp explique la création d'une plaque de cuivre destinée à faire une gravure et ceci jusqu'à l'impression de l'état obtenu.

http://www.dailymotion.com/video/x326pl_gachet-graveur-13


http://www.dailymotion.com/video/x327pr_gachet-graveur-15_creation

Présentation de la presse utilisée par le Docteur Gachet ami de Vincent Van Gogh

http://www.dailymotion.com/related/5140857/video/x32f8m_gachet-graveur-19_creation

Saint-Jean-de-Monts.JPGCamille Mauclair (1872-1945) est un écrivain et critique d’art, spécialiste des peintres symbolistes. 

 

Il préface le livre « Cités et paysage de France », un ouvrage de  poèmes de Louis Maigret, illustré par douze peintres dont Maurice Achener et Yves Brayer et parut en 1944.

 

Le texte débute par  la vision de Camille Mauclair du paysage dans la peinture, ensuite il présente artistes qui intervenant dans l’ouvrage.

 

Il réalise un historique des tendances sur la représentation des paysages en penture, en partant de Horace Vernet et Corot qui travaillent  la ressemblance du  sujet comme des sculpteurs

 

« Ils voulaient que les portraits des sites soient aussi ressemblants que ceux de l’être humain. C’étaient des physionomistes. C’étaient aussi un peu des sculpteurs; car on a un peu oublié qu’un paysage est une sculpture sir les plans et les modelés de laquelle se jouent la lumière et l’ombre »   

 

Il les oppose aux impressionnistes puis au cubisme

 

«  Un des reproches que l’on peut adresser à l’art impressionniste par ailleurs si original et si séduisant, est d’avoir souvent sacrifié le caractère statuaire, la densité terrestre du sol, aux jeux subtils de ce clarté vibrante qu’un Monet ou un Sisley poursuivaient comme un papillon qui les défiait comme Protée. Derrière la pyrotechnie versicolore de l’impressionnisme, la réalité du site se dérobait au détriment du style de la construction, les éléments permanents n’étaient plus assez visibles ; et chez les imitateurs, chez les néo-impressionnistes et pointillistes plus encore, de tels défauts s’accusèrent jusqu’à amener la réaction cézannienne et l’excessive rigueur du cubisme, lequel finit par aboutir à une morne et ennuyeuse géométrie oublieuse de la nature…. « 

 

Puis il introduit les artistes, dans un courant en filiation avec les premiers artistes présentés.

« Les artistes dont nous voyons ici les œuvres se sont gardés de ces excès contraires,  ils se sont ralliés avec une tournure instinctivement, classique de leur esprit et de leurs goûts, à la tradition réaliste et physionomiste du paysage français. Sensibles certes à la magie de la lumière, ils lui préfèrent ce que nous appellerons l’éclairage des jours ordinaires, celui sous lesquels les choses se présentent le plus souvent à nous … Ce fut aussi l’opinion d’un Théodore Rousseau, d’un Millet d’un Corot ; avant tout la structure et le caractère, ce qui se retient et qui compte durablement. Et c’est pourquoi leurs ouvrages nous offrent une sorte de véracité stable et rassurante… »

 

« Ceux qu’on a réunit ici sont dus à des hommes dont les opinions sont conformes à cette orthodoxie. Ils sont en possession d’un métier sincère et solide qui n’a rien à voir avec la virtuosité et la jonglerie. Plusieurs d’entre eux sont des peintres graveurs, ce qui est une garantie d’observation minutieuse et réfléchie…>>

 

« Ces réflexions n’auront pas été inutiles pour préciser les intentions et les résultats des artistes dont nous allons examiner les rapports. C’est à ACHENER qu’on a demandé une image expressive de ce Poitou qui englobe les Deux Sèvres et la Vendée. Ce peintre, qui est aussi un excellent graveur, aime et pénètre la poésie mélancolique du pays maraîchin où partout l’eau affleure, et dont les rares bouquets d’arbres, parsemés dans l’étendue, sont tourmentés par le vent de la mer prochaine ainsi que les  ailes des vieux moulins existant encore : pays aquatique, où persistent les souvenirs de la chouannerie en des gentilhommières isolées… » 

Références sur Camille Mauclair :

Un blog sur le poéte Saint Pol Roux

Le blog livreenblog

"On sent s'évanouir toute idée
en voyant ce coin de Vendée
S'identifiant à la Hollande !
Même calme plat sur la lande
Qu'un chenal, un moulin à vent
Rehaussent de quelqu'agrément"


Cit--s-Paysages-France.jpg

Jules Raymond Koening est né le 2 août 1872 à Saintes Marie aux Mines.  Ce peintre graveur fait ses études et débuts en Alsace, il est l’un des membre du  groupe appelé  La Société  des Artistes Alsaciens et fondé par Emile Schneider et auquel participe Maurice Achener, avec qui il restera ami. Comme beaucoup d’Alsacien,  il vient vivre et travailler à Paris.  Il  est alors élève dans les ateliers de  Luc Olivier Merson de Gustave Moreau et de Jean-Paul Laurens.   Maurice Achener, Alexandre Urbain et Daniel Schoen fréquenteront aussi l'atelier de Jean-Paul Laurens.  
Il participe à la grande guerre du coté Français.
Il expose au Salon de la Société Nationale de Beaux Arts et au salon des Tuileries. 
Il remporte une mention honorable à l’exposition Universelle de Paris en 1900.
Surtout connu en tant que paysagiste.  il effectue des voyages en Italie, il représente aussi la Belgique et la Bretagne. Pour le Benezit Son style le rapproche des fauves et de Paul Gauguin.
Son tableau "Rivière à Pont Aven" se trouve au Musée de Chalons sur Saone.

Sources 
Benezit 
Dictionnaire des petits maîtres de la peinture 1820-1920 Gérald SChurr et Pierre Cabane Edition de l'amateur. 

Pr-sentation1.jpgGALERIE MARCEL GUIOT

4 rue Volney, 4 -PARIS

 

EXPOSITION DE Maurice A C H E N E R

Son œuvre gravé

 

Préface de André Blum

(traduction de Llyod Sloane)

 

Du 12 Mars au 2 Avril 1927

 

Maurice Achener

 

 Pour la première fois de sa carrière, Maurice Achener réunit dans une exposition un choix de ses œuvres les plus importantes. Le catalogue complet pourrait compter plus de deux cents numéros depuis 1902, époque à laquelle il a commencé ses premiers travaux sur cuivres. Voilà juste un quart de siècle qu’il n’a cessé de produire des eaux fortes pleines à la fois de conscience et de sentiments, mais jusqu’à présent, il n’a été estimé que par quelques connaisseurs. Deux articles, l’un de M. Clément Janin, l’autre de M. Emile Seyden ont déjà signalé l’intérêt particulier de ces pièces où l’artiste fait preuve non seulement d’un excellent métier mais de grandes qualités émotives. 

 C’est un Alsacien de Mulhouse, où il est né en le 17 septembre 1881, fils d’un ingénieur qui lui apprit  avec la précision des méthodes, le goût de l’art. A la mort de son père ses dispositions pour le dessin qu’il avait favorisées, se développèrent ; Maurice Achener alla étudier à l’école des Arts décoratifs de Strasbourg. Cet enseignement ne répondait pas à ses aspirations et il se rendit à Munich pour compléter son éducation. C’est là que Peter Halm, un excellent  professeur lui enseigna l’eau forte. 

 Toute sa carrière est profondément marquée par l’empreinte des leçons de Halm, avec lequel il ne cessa d’entretenir des relations affectueuses jusqu’au moment de la guerre, où il fit campagne avec l’armée française. De  son séjour en Allemagne, il a gardé l’habitude d’une technique laborieuse et soignée qui n’exclut pas une extrême souplesse de dessin. Cette qualité frappa Jean-Paul Laurens dont il fut le disciple à Paris vers 1907-1908. Un jour qu’il corrigeait une étude académique, il lui dit familièrement, avec son accent toulousain : «  Et maintenant, continuez à dessiner. »

 Dans l’eau-forte, il traduit son émotion devant la nature. Ses gravures vibrent d’une lumière et d’une couleur étonnantes. Que d’une pointe fine et d’un acide mordant, il exprime le charme des vieilles pierres de Strasbourg, de Venise, de Vérone de Florence et de Brescia, et surtout de Paris, sa vision reste profondément personnelle. Il admire Rembrandt, mais il a trop de respect pour son génie pour chercher à l’imiter. De l’étude approfondie de ce grand maître, il a su tirer l’art de faire valoir la lumière d’un paysage uniquement par la variété, la justesse des valeurs qui donnent au blanc du papier toute sa clarté. 

 Dès le début de sa vie d’artiste, il a profondément compris tout ce qui assure à une épreuve son éclat et sa variété de tons. Dans ses premiers voyages en Vénétie, il a observé la poésie et le pittoresque des ruelles avec leurs vieilles maisons aux motifs sculptés, et il réussi à rendre avec sensibilité et émotion l’aspect décoratif des constructions anciennes et le monde des souvenirs d’autrefois qu’elles évoquent. Dolce farniente à Venise, La Tour à Vicence, La Via dei Girolami à Florence, montrent trois formes différentes de sa manière de concevoir la physionomie si curieuse des villes célèbres de l’Italie. Ici, une certaine mélancolie plane dans l’atmosphère des palais baignés par les eaux sur lesquels un pont jette sa courbe hardie ; là, des voûtes produisent des tâches d’ombre et rappellent par leurs tons heurtés les ruines de Piranèse. Ailleurs, une tour s’élance vers le ciel éclairée par le soleil et la lumière qui pénètrent à ses pieds dans des venelles très resserrées. 


 On pressent dans ces petites planches un paysagiste qui est aussi un illustrateur. Dans genre il a traité le bois, il y a une quinzaine d’année, avec une facilité et une habilité que soupçonnait certainement le critique Girodie, auteur responsable de son incursion dans le domaine de la xylographie. M. Girodie mit en relation  M. Achener avec un autre Alsacien, M  Spetz qui en 1909, lui demanda d’orner d’une trentaine de composition son poème Théodolinde de Waldner. Dans ses vignettes il s’est souvenu des bois de Dürer, qu’il a accommodé dans un style un peu romantique. Plusieurs fois, il a délaissé la pointe et le burin pour tailler le buis. Les bibliophiles connaissent bien ses illustrations de la Princesse Maleine, de Maurice Maeterlinck, en 1918 ; celles du Feu de d’Annunzio en 1919 ; celles plus nombreuses encore et plus importantes, qu’il exécuta pour la Faute de l’abbé Mouret de Zola en 1922, et tout récemment, ils ont apprécié ses planches pour Monsieur des Lourdines, d’Alphonse de Chateaubriant.

 Mais c’est l’eau-forte qu’il affectionne et à laquelle il paraît vouloir se consacrer avec le plus de joie. Il n’est pas gêné par un texte et il se liasse entraîner à une contemplation admirative de la nature. C’est un peintre de plein ait qui analyse finement et avec justesse les effets produits sur son âme par les arbres, les pierres et l’eau. Quelques vues de Paris, comme le Pont Royal, le pont de la Tournelles, la Place de la Concorde, donnent une idée de son talent. Elles dénotent un esprit soucieux de prendre sur le vif soit une perspective soit un espace de terrain. Mais il ne reproduit pas servilement ce qu’il voit il fait œuvre de composition. 

 Un des moyens qu’il emploie souvent, comme dans la Chapelle St-Josn à Fribourg ou la place de la Concorde, consiste à étudier attentivement soit un arbre, soit un socle, soit une chapelle qu’il met au premier plan en pleine valeur, tandis que dans le fond s’estompe le profil des édifices légèrement indiqués. Il y a là un contraste entre les noirs du premier plan et le blanc lumineux des perspectives aériennes. Dans le Pont St Nicolas, à Strasbourg, on retrouve encore cet effet si heureux, qui traduit avec tant d’émotion l’opposition entre les arbres placés au bord de l’eau près du pont, en avant et la ligne de maisons qui se dessine à l’horizon.

 
 Ce ne sont pas seulement les villes dont il a su exprimer la vie et l’atmosphère : c’est aussi la campagne dont il a compris la poésie intime et discrète.
 

  A Fiesole, s’il s’arrête devant une ferme toscane, il trouve les traits justes pour rendre l’aspect séduisant et pittoresque de ces maisons aux toits hauts et carrés, derrière lesquels d’étage une file de cyprès s’élevant vers le ciel, tandis que d’autres sont esquissés dans le fond au pied d’une colline. S’il se promène dans le midi de la France, en Provence ou en Savoie, il découvre dans ces régions un charme très subtil. Une pointe sèche des plus heureuse est intitulée Le Bastidon. Si ce n’est pas une des plus importantes dans l’œuvre de Maurice Achener, c’est peut être une de celles ou il atteint au maximum de puissance avec un minimum de moyens. Dans le tableau qu’il a composé pour cette scène des environs de Aix, la peinture ne peut faire sentir avec que la pointe, l’atmosphère méridionale qui enveloppe la composition. Un route dessinée d’un trait discret, est bordée par une maisonnette près de laquelle se dresse un cyprès ; la tache de cet arbre d’un noir intense à laquelle l’artiste a gardé d’une manière si heureuse les « barbes », contraste avec le ciel lumineux. Le Passeur – la Ferme du Comtat -  le Monastère du Val d’Ema – la villa Vivai, ne sont pas moins attrayants par ce mélange d’arbres aux tronc noueux, aux masse sombres, s’opposant aux rayons de soleil pleins de douceur qui baignent  de lumières les lointains du paysage.

 Par ce côté, Maurice Achener s’apparente à nos illustres paysagistes comme Claude Lorrain, dont il continue la tradition, en utilisant surtout comme lui «les objets au-delà du deuxième plan qui diminuent vers l’horizon et se perdent dans le ciel ». 

 L’eau-forte et la pointe sèche sont pour lui un merveilleux moyen de noter avec sûreté et sensibilité ses différents états d’âme devant les sites pittoresques d’Alsace, d’Italie et de France. C’est surtout dans la pointe sèche qu’il trouve des oppositions saisissantes d’ombres et de lumière, tout en faisant ressortir d’un trait nerveux les fines découpures des arbres, l’anatomie pour ainsi dire d’un bois, dans lequel il entend palpiter la vie. Ce n’est pas un promeneur distrait pour lequel les aspects de la nature ne changent pas ; il sent au contraire à chaque moment les effets différents produits par l’ombre ou le soleil, par la le vent par les vapeurs qui montent de la terre, par les brumes, par les pluies qui modifient sans cesse la physionomie d’un  coin de terre. Pour exprimer la vérité de ces harmonies, sa science joue avec dextérité du noir et du blanc, dont il fait ressortir les différentes valeurs sur ses épreuves, sachant indiquer par ses tailles ce que signifie chaque élément d’un paysage. 

 
 Ce qui ajoute encore une coloration particulière à ses estampes, c’est le choix heureux de papiers anciens collectionnés par lui habilement depuis quelques temps , qu’il emploie avec beaucoup d’à propos pour chacun de ses tirages. Ces moindres détails accusent une technique appliquée, due au travail assidu de sa jeunesse, mais renouvelée par un commerce avec nos grands maîtres de l’eau-forte et surtout par l’étude directe de la nature. Il n’était connu hier que d’une élite ; cette exposition mettra en pleine lumière, pour le grand public, le nom et l’œuvre d’un artiste d’une réelle sensibilité, d’un incontestable talent, resté volontairement mais trop  longtemps dans l’ombre.

 


ANDRE  BLUM
   

 

 

 

undefined 

André Blum a réalisé le catalogue de l'exposition de Maurice Achener à la galerie Guiot en 1927. André Blum est un historien, il fut conservateur des dessins du Musée du Louvre. 

Formé par l'école du Louvre, il avait consacré une thèse sur Louis XVI et la Révolution. Il étudia le sujet de la caricature dans ce contexte historique.

 

Conservateur au Louvre, il s'occupa notamment de la collection de Rothschild. Cette riche collection est entrée au Louvre en 1936, date de la donation effectuée par les héritiers du baron Edmond de Rothschild, conformément aux voeux de ce dernier ; elle est rattachée au département des Arts graphiques.


C'est un spécialiste de l'oeuvre du peintre le Lorrain :
BLUM , André, Exposition Claude Gellée, dit Le Lorrain : son œuvre gravé, Galerie Marcel Guiot, du 20 Novembre au 9 Décembre 1926, Paris, La Galerie, 1926.
BLUM, André (ed.), Les Eaux-fortes de Claude Gellée dit le Lorrain [présentées par André Blum], Paris, A. Morancé, 1923.

Il est l'auteur de nombreux autres ouvrages dont :

HISTOIRE GÉNÉRALE DE L' ART-DES ORIGINES A NOS JOURS qui fut rééditée plusieurs fois, et qui se voulait un ouvrage de vulgarisation sur le sujet. 1923

Les primitifs de la gravure sur bois : étude historique et catalogue des incunables xylographiques du musée du Louvre : Cabinet des estampes, collectin Edmond de Rothschild. Paris : [s.ed.], 1956.

Le  peintre graveur Louis Willaume naît à Lagny en 1874, il décèdera en 1949. 
Elève des peintres Bouguereau et de Gabriel Ferrier,  il débute au salon de la Société Nationale des Beaux Arts en 1899, il reçoit le prix de la société des paysagistes en 1920, le prix Corot au salon de 1923 et la médaille d’or à la section des gravures en 1929. Il réalise environ 500 eaux fortes. 

En 1948 il fait partie de la Société des Peintres graveurs français. Cette organisation avaiet été crée sous l'impulsion de Bracquemond dès 1889.
 

Il est également membre du Groupe de l’érable  qui exposera au Canada en 1924 avec les artistes : Emile Aubry, Many Benner, Georges Desvallieres, Henri Dabadie, André Devambez, Emmanuel Fougerat, Charles Hoffbauer, Louis Jourdan, Paul-Albert Laurens, Auguste Leroux, Georges Leroux, Mme Martin-Gourdault, Louis Roger, Lucien Seevagen, Paul Sieffert, Henri Zo, Jules Desbois, Paul Moreau-Vauthier, Charles Paillet et André Vermaire, les sculpteurs; Louis Huvey et Edouard Léon, et pour les arts appliqués, Edgard Brandt, Emile Decoeur, Albert Gsell et Mlle Lucie Roisin.

Il illustre également des livres  L’ouvrage de Edmond  Pilon « Le charme de Paris » en 1933. Paris ses eaux et ses fontaines de Georges Montorgeuil.

 

En  collaboration avec Maurice Achener il travaille sur  les éditions de la société de Saint Eloy :

La série des Petites villes de France d’ Émile Sedeyn avec Edgar Chahine, Charles Hallo, Dauchez, Brouet, Gobo, Albert Decaris , Gusman, Paul Adrien Bouroux, Polat, Véder, Henry Cheffer, Jean Frélaut,  , (Société de Saint Eloy).1935-1937

Par les champs et par les grèves de Gustave Flaubert, notice de René Dumesnil, avec Charles Jouas, Henry Cheffer, Paul Adrien Bouroux,  André Dauchez, Edgar Chahine etc. (Société de Saint Eloy) Livre conservé à la Bibliothèque nationale de France, 1939.

 

Janine Bailly-Hertzerg  le présente ainsi : «  Louis Willaume nous laisse un  oeuvre gravé * fécond  mais sans grande personnalité. Les sujets qu’il traite sont « gentils » uniquement fait pour plaire, représentés avec un grand classicisme et sans spontanéité. Il aime à griffer son cuivre avec la pointe pour obtenir une sorte de fouillis léger ».

 

* Remarque : Non il n’y a pas (ici) de faute d’orthographe on parle bien d’un oeuvre gravé et non pas d’une oeuvre gravée.

    

Son témoignage de la banlieue parisienne avec la gravure « le Pont de Billancourt » n’est  pas représentative de ces travers, elle montre les berges d’Issy les Moulineaux . Cette gravure se trouve à Sceaux au musée d’Ile de France et fut présentée lors de l'exposition "Travail et Banlieue regards d'artiste"

Le Musée d'Orsay possède son  tableau  intitulé "Le pont des Saints Pères" .

 

Sources :

Catalogue de l’exposition Travail et Banlieue regards d’artiste 1980-1980 du musée dIle de France à Sceaux Somogy Editions d’Art (2001).

Dictionnaire de l’estampe en France (1830, 1950) Janine Bailly-Herzberg. Editions Arts et Métiers Graphiques 1985.
Article sur internet concernant le groupe de l'érable 
La gravure les procédés et l'histoire Jean E Bersier edition 1948 La table ronde  tr

Artcle availla

 

 

 croquis_illustration_dans_un_escalier.jpg


Maurice Achener est un illustrateur de livre de bibliophiles, de nos jours l’illustration de livre qui nous est la plus familière est celle de la littérature enfantine. Il existe bien des livres illustrés populaires,  pour d’autres publics, tels que les bandes dessinées. Mais les éditions de romans illustrés  par un artiste ne sont pas fréquentes dans les librairies. Pour comprendre dans quel contexte économique a travaillé Maurice Achener, il est intéressant de connaître  le fonctionnement de l’édition de livres illustrés à son époque. 

Mais tout d’abord, nous pouvons  rappeler  que la définition du  mot bibliophile dans le dictionnaire est « Personne qui cherche et conserve avec soin des livres rares et précieux ».


L'illustration pour vendre des livres 

Jusqu’au début du XX me siècle les tirages de livres illustrés étaient considérables,  il ne s’agissait pas d’objets de luxe.

 

Vers 1900, les amateurs de livre forment des clubs, appelés Société de Bibliophiles, dans lesquels ils élaborent des livres qu’ils désirent. Ils sont illustrés et bénéficient d’une typographie soignée. Ces livres tirés à peu d’exemplaires sont numérotés et même parfois nominatifs.

 

Ces tirages de luxe cohabitent avec des illustrés moins coûteux. Car l’édition est en crise, et l’image est  destinée à attirer la clientèle face à l’émergence d’autres loisirs concurrents tels que les sports et les journaux.  Cependant  ces livres  ne sont pas à la portée de tous, en 1914, ils se vendent aux alentours  de 2 francs tandis que le prix moyen du livre est à 20 centimes.

Les Illustrateurs marquants de ce type d’édition sont Auguste Lepère, Maurice Denis, Luc Olivier Merson, Steinlen , Charles Jouas. Maurice Achener commence alors à  illustrer des ouvrages empreints de culture alsacienne (« Théodolinde Waldner de Freundstein » et des poèmes des frères Matthis).


Les éditions Crès 

En 1912, Georges Crès crée sa maison d’édition. En 1918,  l’édition sort du marasme, les coûts de fabrication sont stables et le prix du papier est en baisse. Maurice Achener illustre Maeterlinck dans la collection « le théatre d’Art » de Crès.  Puis dans la collection phare de l’éditeur, « les maîtres du livre » il réalise nottament le frontispice pour Feu de Gabriele d’Annunzio. La série était dirigée par Adolphe Van Bever, qui venait du  Mercure de France. Les tirages étaient limités et les œuvres souvent inédites, ces livres furent très prisés des bibliophiles. 

 

L’édition entre alors dans une phase, d’un essor extraordinaire, Maurice Achener fait partie d’une génération de jeunes illustrateurs, qui connaissent un grand succès, on peut citer Daragnès, avec lequel il travaille chez Crès,  Gus Bofa, Decaris, Hermine David.

mornay.jpg
Les éditions Mornay  

Les éditeurs A et G Mornay créent la collection Mornay, qui devient vite recherchée,  leurs  livres sont qualifiés de « demi-luxe ». Ils instaurent un système de souscription pour cinq livres par an. Le tirage se fait en général à mille exemplaires, un service de presse est  prévu pour contribuer à la diffusion de l’œuvre. Les premiers livres sont essentiellement illustrés par des bois,  Maurice Achener  réalise dans cette technique, en  1922, le quatorzième livre de la collection les Beaux Livres: «  La Faute de l'Abbé Mouret », d’Emile Zola. Mais c’est à l’eau forte qu’il créera le graphisme pour Monsieur des Lourdines d’Alphonse de Chateaubriant en 1925, référencé comme vingt-huitième livre.


Spéculation sur les beaux livres 

Les livres sont à la mode, par plaisir, mais aussi comme placement. La crise économique des années 20 et la forte dévaluation du franc qui en résulte favorise les investissements  dans les œuvres d’art,et les livres. « Aller voir de la peinture devient une expression courante » « Passer chez le libraire » en fut une autre. Les périodiques ont une rubrique sur les livres, dans cette optique. Elle se nomme « La bourse des livres » dans un des journaux. On assiste à une spéculation, les livres sont achetés et revendus. Les prix peuvent doubler ou tripler en huit jours.

Les lecteurs se découvrent bibliophiles et remplissent leur bibliothèque de livres. Dans ce contexte favorable, de nombreuses maisons d’édition se créent. Le marchand Ambroise Vollard avait déjà commencé depuis les années 1900 à demander des illustrations à des artistes qui n’étaient pas graveurs. Des particuliers tels que le Docteur Manuel Brucker  réalisent des petites productions de livres illustrés.  

L'effondrement

Une crise intervient en 1931, et la cote s’effondre.  Pour exemple « A rebours » de Hysmans illustré par Lepère (Les Cents Bibliophiles) vendu 9500 francs en 1930 ne valait plus que 4000 francs quatre ans plus tard.

La reprise et les sociétés de Blibliophiles

Seulement une dizaine d’éditeurs subsistent après 1934.  De nouvelles sociétés de bibliophiles se créent, elles  sont de goût plutôt traditionnels, mais aiment également les innovations. Leurs éditions originales sont diffusées exclusivement au sein de la société. Les sociétés soutiennent financièrement des projets d’artistes qui sans elles ne trouveraient pas d’éditeur. Maurice Achener ne travaillera plus qu’avec des organisations de ce type. La « Société des Médecins bibliophiles » lui permet son dernier ouvrage personnel  «  La Première journée de la bergerie » de Remy Belleau, en 1945. Maurice Achener en réalise toutes les illustrations et les lettrines.  Il participera à  des ouvrages collectifs avec la « Société de Saint Eloy » dont son ami Paul Adrien  Bouroux est le secrétaire.

En tant qu’acteur de l’édition illustrée du XX me siècle Maurice Achener en aura suivi l’évolution , et aura intéressé les éditeurs parmi les plus marquants de cette période.

Sources :

  • Antoine Coron "Le livre concurrencé 1900-1950" Histoire de l'édition française.
  • Catalogue de l'exposition "Manuel Bruker collectionneur et éditeur d'art" Musée des Beaux Arts de Bordeaux Le festin. juin 2004
  • Michel Vaucaire "La Bibliophilie" Que sais je ? numéro 1406 PUF 1970.

Rechercher

Syndication

  • Flux RSS des articles

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus